de ludozman » 03/11/2015 11:25
Bon j'ai enfin eu le temps de me plonger dans ce BYE BYE MAGGIE...
D'abord il est étonnant de constater le décalage entre la reception ultra enthousiaste du livre outre Antlantique (il suffit de chercher sur le net : critques élogieuses, defenses du livre par des auteurs prestigieux d'Adrian Tomine à Jimmy Beaulieu, nominations aux Harvey Awards et au L.A Times Book Award...) et la quasi-indifférance dans laquelle le livre sort chez nous. Les quelques chroniques trouvables en français sont d'ailleurs plutôt tiédes...
Je suis incapable de dire si ce livre peut-être lu et découvert par quelqu'un qui n'aurait jamais lu LOVE & ROCKETS (même en français où sa publication reste lacunaire, rappelons par exemple que le lecteur français ne sait toujours pas ce qui est arrivé à un personnage aussi important qu'Izzy Ortiz pendant son voyage au Mexique, l'épisode expliquant son basculement dans la folie n'ayant jamais été traduit en français) même s'il me semble que la narration est suffisament riche et allusive pour saisir des choses sur les personnages et comprendre les enjeux de cette histoire, comme toujours chez Jamie, au fond assez ténue, une histoire de retrouvailles et de seconde chance entre deux anciens amants, ici, Maggie Chascarillo et Ray Dominiguez.
Décidément, le théme du "passage du temps" est evidemment un élément central de l'oeuvre des Hernandez Bros (on a pu le constater en lisant les derniers graphic novels de Gilbert cf le trés beau JULIO mais on a aussi beaucoup glosé sur le réalisme sans équivalent avec lequel les deux frangins faisaient évoluer et vieillir leurs personnages), néanmoins plus que chez son frére et plus que jamais dans LOCAS, c'est un profond sentiment de mélancolie qui recouvre tout le récit en confrontant les personnage à un sentiment d'échec et de tristesse. L'ouverture du récit, trés belle, ou Maggie, marchant seule dans la rue, est vue à travers un inconnu (le lecteur ?) qui se demande qui peut bien être cette femme et pose sur elle un regard ambigu de pitié et de concupiscence mélée, tandis qu'à la page suivante nous basculons dans le point de vue de Maggie dans ce qu'il a de plus intime (nous partageons un de ses cauchemars) dit bien le balancement auquel va nous convier tout le récit : expliquer de l'interieur comment une identité se construit au fil d'une vie selon des evenements sur lesquels l'être humain n'a parfois aucune prise (le hasard et le destin sont un des motifs du récit) et en même temps cette impossibilité de saisir autrui et de le comprendre totalement (les cases subjectives, montrant le regard d'un personnage sur un autre, sont trés nombreuses, donnant lieu à une superbe double planche à la toute fin) qui nous précipite dans une terrible solitude. Le "mal" qui touche le personnage de Ray à la fin du livre a de fait une portée symbolique forte.
THE LOVE BUNGLERS prend les allures d'un mélodrame classique à la Douglas Sirk, offrant in extremis à deux personnages l'occasion de s'approcher à nouveau malgré les érrances de la vie et l'ironie du sort. Plus que jamais, le style narratif et graphique de Jaime se fait d'une économie absolue (j'ai lu quelque part qu'on reprochait au livre sa narration confuse alors que la gestion des flash back y est d'une simplicité absolue, tous les chapitres sont au présent avec des chapitres de flash back dans l'enfance de Maggie et une ellipse à la fin du récit, pas besoin d'avoir fait dix ans d'etudes pour s'y retrouver) et surtout on y retrouve ce talent de Jaime pour donner vie à des scénes totalement anecdotiques sur le papier. Là, le plaisir de retrouver même un instant des personnages qu'on connait y est pour beaucoup (Vivian, la garce sexy si enervante et attachante, et Hopey evidemment). Ca donne envie aussi de tout relire histoire aussi de recoller les morceaux de la série, même si le livre tient encore une fois trés bien tout seul, il me semble.