Brian Addav a écrit:Généralement, quand on lit Spirou, si on aime, on lit tout Spirou. Ceux de chaque auteur. La série forme un tout.
On a certes parfois des préférences, qui Franquin, qui Tome et Janry, qui Nic, euh... Enfin.
De mon œil de novice, lorsque j'entends parler des amis de comics, cela m'apparaît beaucoup plus tranché.
Après, sûrement que le vrai fan des X-Men, des Avengers, il ira lire tout tout ce qui appartient à la série, mais je n'ai pas l'impression que ce soit aussi acquis que pour Spirou. (Aussi, le nb d'épisodes est différent).
La mise en avant des auteurs "au détriment" des personnages dans les comics, c'est quand même essentiellement un truc de bédéphile et c'est assez "européen".
Quand Urban a repris l'exploitation française du catalogue DC pour la France et qu'ils ont créé leur label signature (Geoff Johns présente Green Lantern, Grant Morrison présente Batman, Ed Brubaker présente Catwoman...) pour mettre en avant le travail d'un scénariste sur un personnage, ils ont étonné les représentants américains de DC qui ne voyaient pas spontanément l'intérêt de la démarche, commercialement.
Certes les comics n'en sont plus à l'époque où les noms des artistes apparaissaient peu ou carrément pas, bien sûr qu'ils font un peu de pub et de communication autour des principales "stars", mais pas sûr que ça dépasse beaucoup ce qu'on peut voir ici dans le cadre de certaines reprises. La jeunesse de Thorgal par Yann, par exemple, je pense pouvoir affirmer que ça draine plus de fans de Thorgal que de fans de Yann : ça n'empêche pas le Lombard de "communiquer" sur la renommée du scénariste.
La différence entre une majorité de séries "historiques" franco-belges d'une part et les comics d'autre part (et ce qui fait que le mode de fonctionnement de Spirou s'approche beaucoup du second terme de la comparaison), c'est que pour beaucoup, les séries ou au minimum l'image qu'on s'en fait restent liées à leur(s) créateur(s). Quand on pense Thorgal, on pense d'abord aux Thorgal de Van Hamme et Rosinski. Quand on pense à Blueberry, on pense à Charlier et Giraud. Quand on pense Blake et Mortimer, la référence, c'est Jacobs, pas les reprises. Sinon, pourquoi les nouveaux albums qu'on sort sont-ils censés être écrits à la manière de Jacobs, dessinés à la manière de Jacobs, présenter des actions se passant à l'époque de la série de Jacobs ? Pourquoi Achdé s'ingénie-t-il à copier Morris dans Lucky Luke, Verron à copier Roba dans Boule et Bill ?
Je ne pourrais pas donner de statistiques, mais je pense que l'attachement à un personnage prime largement sur l'attachement à un artiste pour nombre de fan de comics. J'ai un pote fan des X-Men, il a une flopée de vieux numéros de Strange, il peut discuter de ses persos préférés comme Wolverine ou Gambit dans les BD, la série animée, les films, mais faut pas lui demander le nom d'un scénariste ou d'un dessinateur. Il aime ou il aime pas, point. Il connaît évidemment Stan Lee, mais à la limite, je suis même pas sûr qu'il sache qui est Chris Claremont.
Tu notes la différence du nombre d'épisodes et c'est évidemment un facteur à prendre en compte. Tu peux aligner sur une seule étagère de Billy Ikea tous les albums Spirou "classiques", plus les one-shots, plus les Rob-Vel, Jijé, Chaland, et sans doute même les Petit Spirou aussi (pour faire plaisir à Icecool

). Sans même parler de la difficulté technique, pour ne pas dire la probable impossibilité, de rassembler une véritable intégrale de toutes les aventures de Superman, le résultat occuperait sans doute énormément plus de place... Donc, certes, on peut lire TOUT Spirou, mais pas TOUT Superman.
Mais en même temps, il me semble que le même phénomène a aussi pour effet de favoriser l'attachement à un personnage plus qu'à un "personnage vu par tel auteur". Les sorties rapprochées des
issues conduisent à un renouvellement rapide des équipes aux manettes. Il y a bien sûr des runs plus longs que d'autres, mais la tendance va plutôt, j'ai l'impression, au rétrécissement. Je vais prendre l'exemple de la "Renaissance" DC (les "New 52"), qui date de septembre 2011. Dans ce laps de temps, Yoann et Velhmann ont sorti trois albums de Spirou (La face cachée du Z, Dans les griffes de la Vipère, Le groom de Sniper Alley) et Yann et Schwartz le premier volet d'un diptyque dans les "Spirou vu par..." (La femme-léopard). Parallèlement, la plupart des séries DC sont passées entre les mains de deux ou trois, quand ce n'est pas quatre ou cinq équipes. Le facteur de permanence, c'est bien le personnage, pas l'auteur.
Quand je tombe sur le net sur des photos prises dans des ComicCons et autres conventions, je vois toujours des mecs et des nanas déguisés en super-héros, je n'ai encore vu personne déguisé en Frank Miller. Dommage, ça pourrait être marrant.
