L'exploit du film, c'est de se lancer dans une transcription case à case et d'aboutir à un complet contresens, sur le fond et sur la forme.
Sur la forme, parce que le
Watchmen de Moore et Gibbons joue à fond sur les possibilités propres au médium (la BD), et que donc en passant à un autre médium (le ciné) il aurait fallu faire de même au lieu de copier paresseusement. À ce titre le meilleur moment du film, et sans doute la seule chose que j'en retiendrai
(à part la modernisation latex du costume du Spectre Soyeux n°2, mmm mmm
), c'est son générique d'ouverture, qui se réapproprie des éléments disséminés dans l'original et les recombine dans une forme qui interroge le passage image fixe (BD) / image qui bouge (ciné), pour le dire vite, tout en étant très efficace. En revanche on voit bien que les méditations de Manhattan sur Mars, à l'écran, c'est indigeste au possible.
Sur le fond, parce qu'à perdre du temps à faire du case à case, il y a clairement un moment où ils se rendent comptent qu'ils ont mis une heure et demi à adapter le premier tiers du bouquin (estimation à la louche, hein) et qu'il va falloir sabrer dans la suite. Et là on tombe sur des choix hasardeux voire franchement nauséabonds, Snyder, il l'a prouvé à de nombreuses reprises, n'étant pas du genre à s'effaroucher de quelques relents fascistoïdes.
- Ça relève du détail, mais globalement j'ai l'impression qu'on a une présentation plus "sympathique" de Rorschach, en véhicule cathartique des pulsions violentes du spectateur.
- Beaucoup plus massif, il y a le problème d'avoir viré toutes les scènes à New York avec les gens "ordinaires" (la population autour du kiosque à journaux, le psy de Rorschach...), ce qui revient en fait à LÉGITIMER TOTALEMENT LE PLAN D'OZYMANDIAS.
![Mur [:bdgest]](./images/smilies/bdgest.gif)
Dans la BD ce sont des personnages / des personnes auxquel(le)s on s'attache et dont on "ressent" donc la disparition. Dans le film on reste dans l'ordre d'un "sacrifice" abstrait et donc beaucoup plus facilement acceptable.
- Quant au fait de faire porter le chapeau à Docteur Manhattan, quelqu'un avait fait la remarque que ça revient à réinstaurer le concept d'un Dieu qui surveille, juge et peut punir. Ce qui n'a rien à voir avec la version de la BD où il s'agit de prendre acte que l'humanité cherchera toujours le conflit, et de réorienter ce conflit en unissant les blocs capitalistes et soviétiques vers un troisième ennemi imaginaire.