zourbi le grec a écrit:Grâce à la génération d'Uderzo, auteur de bd est devenu un métier reconnu et aussi respectable que les autres métiers artistiques (qui étaient par définition moins respectables que les métiers dits sérieux). De même, ce sont Goscinny, Charlier et quelques autres qui ont donné une visibilité et une existence au métier de scénariste.
Les générations suivantes ont exploré de nouvelles voies (la bd adulte, ...) mais la route avait été ouverte par leurs ainés.
Pas d'accord. La reconnaissance et la respectabilité n'étaient clairement pas acquises au milieu des années 1970 -- je te renvoie au fameux texte de Boltanski sur "La constitution du champ de la bande dessinée", qui fait le portrait en 1975 d'une profession dont le succès ne se juge qu'en termes pécuniaires. Je cite:
La bande dessinée est souvent pour eux le produit d'un choix négatif: nombre de dessinateurs, issus des classes supérieures [...] ont entrepris une reconversion tardive dans la BD après l'échec d'une carrière artistique [...]. Ces reconversions par défaut dans une activité sans prestige et qu'ils ont eux-mêmes longtemps méprisée sont au principe de nombre de leurs attitudes professionnelles, depuis la distance ostentatoire au métier qu'ils exercent et dans lequel il refusent d'investir leur intérêt et leur ambition [...] jusqu'au double ressentiment dirigé aussi bien vers les fractions intellectuelles [...] que vers les fractions dominantes de la classe dominante [...].
En fait, l'article identifie au contraire la génération Gotlib-Mandryka-Bretécher-Moebius comme étant celle qui va aborder la bande dessinée avec des ambitions artistiques (tout en continuant à considérer la bande dessinée comme "un terrain socialement tenu pour culturellement bas"). La reconnaissance de la bande dessinée est très tardive, et n'est véritablement effective à mon sens qu'à partir de l'apparition du terme de "roman graphique", qui va en quelque sorte en dégager une part reconnue pour mieux écarter le reste.