plumo a écrit:C'est pas parce qu'on bosse dans un Cultura que l'on est pas passionnés par la BD, selon les magasins chaque rayon sera plus ou moins spécialisé selon le professionnalisme de celui qui gère le rayon BD, donc "trouduculturels" ça me fait un peu mal à entendre ...
Je découvre ton post et m'empresse de retirer ce mot (trouduculturel) qui fait mal à entendre, que ce soit pour ceux qui travaillent ou bien qui achètent régulièrement dans un Cultura, une Fnac ou un centre Leclerc.
Je suis désolé de t'avoir blessé plumo, par cette grossièreté. Mille excuses, même si elles paraissent bien plates hélas.
Je ne mettais pas en cause le professionnalisme des chefs de rayons (encore que lorsqu'on me demande d'épeler le nom de Graham Greene en précisant bien après coup "Ah ben c'est normal, je ne connaissais pas..." ! on peut se poser quelques questions sur le niveau de certains) ni leur dévouement et leur empressement à satisfaire la clientèle.
Je voulais surtout dire que ces magasins ont une surface de vente sans commune mesure avec la petite librairie dont je parlais et que malgré cette capacité de stockage, je suis surpris de n'y avoir pas vu une seule réédition des albums unitaires de Comanche. En revanche, j'y ai vu des piles de trucs bien inférieurs et je ne peux pas m'empêcher de faire le lien avec ce que disait un autre membre du forum en expliquant que tout est fait pour ne pas trop mettre en avant certaines vieilleries. Elles pourraient en effet faire du tort à certaines productions actuelles. La preuve, notre ami Le Tapir grand amateur de BD n'en a jamais lu un seul et je me permets de lui dire qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire : aujourd'hui, il a le choix (ça ne durera pas) entre les albums unitaires (que je n'ai vu que sur le net, en virtuel !), l'intégrale couleur en 2 volumes de grand format et la prochaine intégrale noir et blanc dont le tome 1 promet d'être somptueux (le 2 devrait être chouette aussi, mais si on ne doit acheter qu'un volume en noir et blanc, il vaut mieux privilégier le 1 en raison du changement de technique d'Hermann survenu en cours de série).
J'ai employé à tort un terme péjoratif sous l'emprise d'une certaine colère, contrariété motivée par le fait que nos élites ont privilégié en un demi-siècle le commerce de grandes surfaces au détriment de sa forme traditionnelle (je ne suis pas un petit commerçant, mais j'ai toujours apprécié les services de proximité et l'intimité qui préside aux relations humaines dans une boutique). Les magasins de disques ont complètement disparu ; certains libraires ont pu tirer leur épingle du jeu.
D'une manière générale, je déteste ce qui a trait au business moderne dans nos économies libérales. C'est le rôle dévolu à ces enseignes qui me dérange surtout, pas forcément leur existence même si je déplore la prolifération des grands centres commerciaux dans certaines régions. C'est un mode de vie, celui de la consommation maladive, qu'on propose au peuple à travers ces entrepôts sur bitume à perte de vue sur des surfaces immenses.
Si Raymond Bradbury dans
Fahrenheit 421 (température à laquelle un livre se consume) dénonçait à juste titre les autodafés qui sont l'apanage des régimes autoritaires et constituent souvent les premières mesures prises par les dictateurs pour neutraliser toute forme d'opposition, l'ultra-libéralisme qui est désormais la règle dans les démocraties (de droite ou de gauche) n'est pas en reste, mais avec davantage de subtilité. On ne pourra lire que ce à quoi on nous permettra d'accéder facilement. On pourra quasiment tout imprimer (si c'est à compte d'auteur, on en mesure vite les limites), mais l'absence de diffusion et d'exposition seront un frein puissant. C'est une autre façon, plus sournoise, de contrôler les distractions offertes au bon peuple (les "édentés"). Les petits libraires aussi sont impliqués et peuvent difficilement changer le cours des choses, mais les grandes surfaces ont davantage d'impact dans ce nivellement culturel.
Je m'aligne donc sur le commentaire d'Abitbol (pas de généralisation, ok, surtout concernant le personnel), mais j'ai été confronté également à la même situation que le tapir dans un centre Leclerc pour le même album (Testament William S), que je souhaitais feuilleter avant les fêtes, ainsi que pour le Druillet édité par Leclerc. Personne n'était au courant, en novembre comme en décembre.

Cultura n'est pas en cause, ici.
Du coup, ça me ramène aux Soviets. Certes la charge d'Hergé était simpliste et donc caricaturale. Mais elle avait le grand mérite de concerner l'Union Soviétique dans ses premières années, du temps où elle fut la plus criminelle (en fait, largement dans ses trente premières années, de 1917 à 1947). Et à cette époque, on n'a pas voulu entendre ceux qui en ont fait la critique après y avoir séjourné sur l'invitation des dirigeants (André Gide, L.F. Céline, Annie Kriegel, etc...). Cette URSS où certains occidentaux (Ford) faisait des affaires. L'URSS s'est assagie ensuite, malgré les tensions liées à la Guerre froide. Le régime était implacable avec ses opposants, mais c'était sans commune mesure avec les horreurs des 30-35 premières années d'existence du régime. Et bien même à cette époque (années 60 et 70), les langues se déliaient peu (cf l'opposition Sartre vs Raymond Aron), et on voit dans la correspondance d'Hergé avec son éditeur les craintes qu'avait Casterman à rééditer les Soviets.
Depuis la chute du mur, à l'inverse, on s'est largement rattrapé. Il n'est pas de crime qu'on ne puisse imputer à l'URSS, quitte à lui faire après-coup des procès d'intention. Pourtant, dès les années 50, l'hégémonie sur les mers et les océans, n'était pas le fait de l'URSS. Ce n'étaient pas des enfants de choeur, mais en face non plus.
Alors, même si les Soviets manquent de finesse (à l'inverse de l'Affaire Tournesol), je ne reprocherais pas à l'auteur d'avoir compté au nombre des premiers à oser critiquer ce régime, même avec une certaine candeur et de façon imparfaite.