Ah oui, c'est vraiment le grand écart avec les suppléments encartés dans le journal Spirou du milieu des années 70 !
J'ai également découvert Félix de cette manière et je dois avouer que pour diverses raisons
(épisodes remontés, absence des programmes non-stop parfois indispensables pour faire la jonction entre deux récits, trait trop gras, légèrement baveux, etc... et manque de maturité pour apprécier l'histoire et la resituer dans son contexte...), j'accrochais moins qu'à Gil Jourdan.
Plus tard, malgré de maigres moyens, je parviendrai à acheter quelques-uns des grands volumes souples en n&b proposés par Michel Deligne, renfermant quelques
(ou la totalité ? Je ne saurais le dire n'ayant pas acheté tous les volumes) programmes non-stop.
Mais la repro était toujours en noir et blanc avec les moyens de l'époque. Et les histoires furent "savamment" mélangées de telle manière que dans chaque tome qui contenait dix, onze ou douze récits, on pouvait trouver un Félix dessiné parfois à des années d'intervalle, avec un style et un graphisme à géométrie variable
(puisque c'est sur cette série que l'évolution du style de Tillieux, en gros influence hergéenne à la base tirant sur le style Franquin de l'époque Voleurs du marsu/Dictateur et champignon), ce qui pouvait désorienter le lecteur.
Outre le prix élevé, ces grands albums à couvertures souples, quand on les commandait par la poste, étaient envoyés dans des enveloppes rembourrées mais on les recevait le plus souvent avec des pliures et autres dégâts occasionnés par des manipulations trop lestes du service postal.
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Ça m'a dissuadé de chercher à réunir tous les volumes.
Par la suite, je me suis tenu à l'écart des éditions cartonnées mises en couleurs.
Et je suis revenu à Félix, en ayant pris du carat au passage
(et après avoir dévoré en quelques décennies bon nombre de romans noirs, anglo-américains et francophones et avoir nourri mon imaginaire d'un bel assortiment de films noirs des années 40 et 50), avec la tentative avortée de Niffle-Cohen au début des années 2000. Albums souples mais solides, de très bonne facture et bon marché.
Les conditions se trouvaient donc réunies pour revenir vers cette série de Tillieux et j'ai apprécié de me replonger dans l'univers de Félix, notamment de pouvoir appréhender son esprit hard-boiled et un brin macabre, son humour, et relever ce qui la distinguait essentiellement de Gil Jourdan, même quand les styles se rejoignaient
(dans les deux ans ayant précédé la disparition des Héroïc-Albums de la première formule).
Cependant, avec le recul que procure l'intégrale de l'Elan, je relève quatre défauts à l'intégrale Niffle, dont certains sont rédhibitoires.
1 - l'absence d'un grand nombre
(la majorité, pour ainsi dire, leur présence entre deux récits étant trop anecdotique et aléatoire) de programmes non-stop ;
2 - le format
(lisible cependant en raison de la grande qualité des scans et du travail de nettoyage et parce qu'il n'est pas tellement éloigné de celui des fascicules H-A. ) ;
3 - la première planche du récit qui formait alors la couverture du fascicule Héroïc-Album est en noir et blanc, frustrant le lecteur du formidable travail de mise en couleurs réalisé à l'époque pour rendre le fascicule populaire des plus attractifs ; au surplus le premier plat est amputé de la titraille (légèrement évolutive) qui me paraît participer à une esthétique d'ensemble, assez indissociable.
4 - la collection est incomplète.
Oui, cette intégrale Félix des éditions de l'Elan constitue en soi un événement éditorial et un bel hommage au talent de Maurice Tillieux.
Parution d'autant plus appréciée qu'à la suite de l'interruption de l'intégrale Niffle et en se basant sur les autres albums estampillés de l'Elan
(Bob Bang, Ange Signe, Achille et Boule de gomme, Monsieur Balourd, de moins bonne facture), on ne s'attendait pas à ce qu'un travail d'une telle qualité voie le jour. La surprise fut totale.
