Aigle Solitaire a écrit:Tu viens de mettre le doigt sur ce qui fait à mon sens un bon Spirou comme grosso modo les quarante-six premiers que j'ai eu tant de plaisir à lire (même dans Machine Qui Rêve, on peut trouver ce que tu écris). Il est vrai que depuis, c'est plus forcé, mis à part pour le Bravo, et c'est ce qui fait que je l'ai aimé, au contraire des autres (Les Géants Pétrifiés auront juste fait illusion un temps avant une fatale relecture).
Je pense d'ailleurs qu'on a de bonnes chances d'y revenir dans la collection des one-shots (et ce dès le Frank amha vu les extraits que j'ai vus sur Internet, en tout cas, je l'espère) au vu des auteurs futurs annoncés qui ont peut-être un "background" plus adapté pour faire le Spirou que tu décris.
Moi, en fait, j'ai un souci avec les SPIROU VU PAR… à cause du postulat de départ de cette série que j'ai du mal à cerner.
Déjà, qu'est-ce qu'on entend exactement par SPIROU dans cet intitulé ?
SPIROU : la série ou le personnage ? (ou le journal ?.. non, j'ai rien dit…)
SPIROU VU PAR… c'est "un épisode de la série par Untel" ou "le personnage de Spirou vu par Untel" ?
C'est pas pareil.
Au début ça s'appelait "UNE AVENTURE DE SPIROU & FANTASIO PAR…" puis c'est devenu "LE SPIROU DE…"
Il semble donc – peut-être – qu'il était question à l'origine de confier un épisode de la série à un ou deux auteurs le temps d'un album (parce que parallèlement Morvan & Munuera peinaient à convaincre dans la série-mère), mais que ça s'est transformé dès le premier numéro en "personnage de Spirou vu par…" avec le dessin très personnel de Yoann dans
Les Géants pétrifiés. D'où finalement le changement de titre de la série en 2010 qui correspond mieux à la réalité.
Ce n'est qu'une hypothèse. Je n'en sais rien.
Toujours est-il que, d’après les neuf albums déjà parus, il s'agit visiblement du "personnage vu par…" alors que selon moi, Spirou est indissociable de son univers, qui lui donne sa spécificité par rapport aux autres séries/BD, et qui permet de l'identifier en tant que tel.
A mon sens, donc, ça devrait plutôt être "un épisode de la série vu par…" car SPIROU ne se réduit pas uniquement à Spirou ; SPIROU, c'est Spirou
et l'univers dans lequel il évolue (de "Mystère à la frontière" en 1950 à
Luna fatale en 1995). Si l'on supprime ou transforme l'univers du personnage, ce n'est plus SPIROU.
Ce qui du reste est vrai pour toutes les séries emblématiques comme ASTERIX, TINTIN, ou LUCKY LUKE
*, par exemples.
L'univers du personnage, c’est :
- Le graphisme spécifique des personnages et des décors issu du style de Franquin et prolongé par ses successeurs jusqu'à Tome & Janry (école de Marcinelle),
- La mise en couleur, lumineuse (chaque élément a sa couleur), qui donne du volume aux objets et aux personnages (c'est pourquoi lorsqu'on passe de Spirou qui fait coucou aux petits poissons (
Vito la déveine, 1991, p. 22) à Spirou qui fait du surf sur une pirogue (
La Colère du Marsupilami, 2016, p.25) on est en droit de considérer ça comme une régression graphique),
- Des histoires tout public (et
pas seulement pour les enfants) qui impliquent une certaine universalité (afin que ces aventures puissent être lues et appréciées à n'importe quelle époque), d'où des dialogues majoritairement exempts d'expressions à la mode (car rien ne dit que de nouvelles générations les comprennent en les découvrant 20 ou 30 ans après leur création, du genre de
kiffer la vibe de l’aventure).
- De l'humour, et parfois une certaine critique du monde réel, mais jamais de moralisation intempestive (contrairement à ce qu'il se fait actuellement dans la série-mère),
- Un monde proche de celui dans lequel nous vivons sans non-plus être celui-ci, afin qu'on puisse le critiquer sans faire la morale pour autant et que des passages fantastiques ou SF soient possibles : comme les marsupilamis, le G.A.G., le pont invisible, les chaussures qui permettent de marcher sur l'eau, le snouffelaire, etc…
Si l'on regarde les SPIROU VU PAR… parus jusqu'à présent, excepté
Le Tombeau des Champignac qui respecte généralement ces contraintes, il n'y en a pas un qui puisse être considéré comme du SPIROU à part entière. Cette aventure n'est pourtant que moyenne, parce que Tarrin n'a pas soigné son dessin autant qu'il l'aurait dû à mon avis (ses décors sont souvent très succincts, voire inexistants), et les dialogues et situations créés par Yann sont souvent excessifs parce qu'on le sent obnubilé par son propre passé de provocateur au sein du
Journal de Spirou.
C'est pourquoi j'ai très envie de découvrir
La Lumière de Bornéo, parce que je retrouve le dessin de la tradition Marcinelle, des planches au dessin précis, fouillé, riche, soigné et exigeant (marque de fabrique de la série jusqu'en 1998, ce qui n'est plus le cas depuis) avec une mise en couleur enfin digne de ce nom d'après les quelques pages feuilletées sur le site de Dupuis.
Si le but de cette série ne consiste qu'à placer le personnage de Spirou - sans son monde - dans un univers rose bonbon, ou dans la Seconde Guerre Mondiale, ou à le transformer en Tintin ou à le dessiner comme Titeuf, franchement, je ne vois pas en quoi c'est du SPIROU. Et donc, je ne vois pas l’intérêt du truc. Ça a beau porter le même nom, mais je ne retrouve rien dans ce type d'albums qui corresponde à ce que c'est censé être, malgré la présence du personnage (plus ou moins ressemblant d'ailleurs).
Pour le coup, il serait peut-être alors plus cohérent d'aller jusqu'au bout de l'exercice de style, et de n'imposer aucune marge. Et s'il y en a qui veulent faire un SPIROU adulte, genre parodique, Space-opera, ou trash avec de l’hémoglobine et plein de gros mots ou des zizis, qu'on les laisse faire. Qu'on laisse les gens se lâcher à fond alors. Ce ne sera pas moins du SPIROU que les VU PAR… qui existent déjà (
Le Tombeau des Champignac excepté, donc, et peut-être
La Lumière de Bornéo).
A mon avis, le ou les auteurs qui se voient confier un SPIROU devraient se dire, comme des mômes qui jouent : "Alors on dirait que je suis l'auteur officiel de SPIROU & FANTASIO, et je vais raconter une aventure de ces joyeux personnages colorés dans l'esprit de la série avec ses impératifs."
Mais alors, quel serait l'intérêt d'une telle série par rapport à la série-mère ?
Ben, si on tombe assez régulièrement sur quelqu'un d'inspiré, on a plus de possibilités de tomber sur un SPIROU & FANTASIO digne de ce nom pour compenser les impressions plus ou moins mitigées de la série-mère depuis 2004.
* Le LUCKY LUKE de Mathieu Bonhomme est très joli – parce que j'aime bien son dessin – mais ça n'a pas grand-chose à voir avec LUCKY LUKE. L'aspect rêche et caricatural du dessin de Morris est remplacé par le trait classieux et propre de Bonhomme et l'humour omniprésent des albums traditionnels est inexistant. En quoi est-ce donc encore du LUCKY LUKE, qui est avant tout une série humoristique de parodie western ?
bd_40 a écrit:aujourd'hui j'ai rencontré Munuera au festival bd de Eauze, il m'a annoncé qu'il preparait un one shot intitulé "La fille de Zorglub"

Si Munuera revient à SPIROU dans la série parallèle, va-t-il adopter une nouvelle manière de dessiner ou va-t-il garder la même ?
"Un gentleman est quelqu'un qui sait jouer de l'accordéon et qui s'abstient" (Tom Waits)