Pour les grincheux au fond à droite et à l'ouest comme à l'est, du nord au sud, voici mon avis :
"Brodeck, un rescapé d’un camp de la mort d’une Guerre dont on a oublié le nom revient dans sa vallée enneigée… Seul homme du village à n’avoir pas participé au lynchage d’un étranger, il est chargé d’en rédiger un rapport…
Mission à haute tension pour Larcenet qui adapte le roman éponyme de Philippe Claudel… Affranchi de son étiquette d’humoriste Fluide Glacial depuis Le Combat ordinaire et surtout la claque Blast, son style adopte un côté semi-réaliste en noir et blanc encré absolument parfait et le hissant dans la cour des Grands.
Mais ça on le savait déjà depuis longtemps, ce qu’on savait moins c’est cette faculté à se réapproprier le roman pour en extraire de longs paysages enneigés, pour dessiner une faune et griffonner des visages muets burinés par le froid, le doute et la peur.
Car les suspicions sur Brodeck se font pesantes, ces tristes évènements lui rappellent sa captivité où il fut contraint de se comporter comme un chien pour survivre face à des bourreaux sans visage, monstres anonymes d’une violence aberrante…
Ce livre, premier tome d’un diptyque édité à l’italienne, est une claque. Ce n’est certes pas de gaieté de cœur qu’on peut lire cette adaptation, en grande partie muette et portée par le trait charbonneux de Larcenet. Tout est pesant dans cette ambiance, les visages expressifs et ridés où on pourrait y lire la peur de chacun, les paysages constamment en activité portant les strates d’un hiver qu’on devine interminable et sa faune… de vols d’oiseaux à la race porcine, Larcenet ne loupe rien et ajoute une part de noirceur étouffante comme une poésie froide.. Pour peu on se croirait dans le Dormeur du Val de Rimbaud, autre influence du nord-est (Claudel est Lorrain) et de ses stigmates vis-à-vis de la Guerre dans une nature en colère….
Le peu de lumière vient du personnage qu’on nomme « L’Anderer », à savoir l’étranger dont le seul crime est de croire encore en une humanité que même le curé du village estime perdue… C’est très fort et finalement très touchant comme lecture.
Dommage dès lors qu’il faut être dans de bonnes dispositions pour lire ce récit, dommage que le livre s’arrête là où on aimerait qu’il continue, pris dans la tourmente d’une enquête perdue d’avance… Dommage qu’il faille attendre finalement car sans connaitre l’ouvrage dont s’inspire Larcenet, il vient de démontrer à coup sûr qu’il n’a plus rien à démontrer en tant qu’auteur complet et complètement dévoué à son œuvre car ce récit fera date dans le paysage de la bande dessinée franco-belge, assurément."
Un autre plus intéressant viendra bientôt avec l'arrivée de Fabsilver !
(et on parle même pas de l'étui
![Bravo [:flocon:2]](./images/smilies/flocon2.gif)
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