Absolument, mais Lambil est aussi, à sa manière, un "enfant" de Gillain
(Il avoue une grande admiration pour Jijé, le revendique d'ailleurs comme modèle et le cite à plusieurs reprises dans les entretiens), ne serait-ce que pour la façon de traiter des clairs obscurs, mais pas seulement... Et comme les grands dessinateurs possédant une forte personnalité, le style propre à Lambil finit par s'imposer finalement assez tôt (dans ses séries animalières humoristiques).
Devoir y renoncer pour se fondre dans celui de Salvérius n'a pas été sans quelques petites insatisfactions du côté du lectorat, exprimées dans le courrier malgré une place toujours honorable de la série dans les sondages.
Je dois reconnaître que personnellement, je n'ai jamais apprécié pleinement et sans réserve les tout premiers albums des TB dessinés par Lambil. Avec le recul, je me suis rendu compte que ce qui me dérangeait résidait justement dans les efforts déployés pour dessiner des physionomies à la façon de Louis Salvérius (ou de Peyo, un des chouchous de Dupuis avec Franquin), au détriment de son propre style. Mais fort heureusement, dès que le naturel revint au galop
(Quoi de plus normal s'agissant de cavalerie ?
) avec un graphisme libéré d'un carcan, les TB offrirent des planches d'un niveau remarquable dans leur composition, leur lisibilité, mais aussi la richesse des décors, des attitudes, des expressions et des physionomies. On pouvait désormais lire, immergé dans l'histoire et les gags, mais aussi marquer une pause pour contempler. El Padre est exemplaire, à cet égard, mais tant d'autres albums, tous postérieurs aux quatre ou cinq premiers albums mis en images par Lambil.