Van Hamme est " bavard " , comme l'était Jacobs . C'est un des charmes de la série , ces pauses explicatives quand les héros conversent et se restaurent , et que le lecteur s'instruit !
Nous aurons probablement droit vers la fin du deuxième tome à de copieux phylactères et récitatifs , tradition oblige , comme dans la scène finale des romans d'Agatha Christie , ou dans celle des aveux triomphants du méchant dans les James Bond...
Van Hamme ne recule pas devant les effets oratoires , il va même jusqu'à nous servir un bel oxymore page 37 avec cette phrase " En dépit de notre rationalisme scientifique nous devonc rester humbles face aux mystères du divin " .
A propos de cette case ( l'avant-dernière p 37) il y a un remarquable travail de la lettreuse Marie Aumont , avec un subtil effet " sonore" puisque les caractères sont plus petits , le plan s'étant éloigné ( le lecteur n'est plus assis aux côtés des héros, il est désormais debout dans le couloir).
J'ai lu l'album d'une traite , les péripéties s'enchaînent avec de remarquables liaisons entre les différentes scènes d'action concomitantes , du grand art ! Van Hamme par ailleurs connaît bien ses classiques ( le méchant accueillant les héros sur son yatch fait invinciblement penser à Coke en stock et à l'Or du vent d'est, entre autres). Son récit tient la route .
On sait que René Sterne a été victime de la malédiction des trente deniers ( confirmant ainsi ce qu'en dit le docteur Markopoulos : " cette pièce d'argent a porté malheur à tous ceux qui l'ont possédée au cours des siècles , comme si elle était chargée d'un pouvoir maléfique" . Sterne l'a dessiné , cette pièce , et n'a pu achever la page...trente ( il a encré 23 pages et crayonné les 6 suivantes)
La réalité a donc rejoint la fiction , une mise en abîme qui ne lasse pas d'être troublante...
Cette disparition tragique de l'auteur perdu sur cet île des Caraïbes est digne d'une aventure jacobsienne : la trame d'un futur album ?...
Sinon , graphiquement , beau travail de Sterne , et reprise honorable par Chantal de Spiegeleer ( un petit souci avec la barbe du professeur , Van Hamme a laissé passer ce très léger bâclage , c'est dommage , et des mains un peu stylisées. En fait , il faut accepter que chaque repreneur innove par rapport à l'original) .Une petite erreur d'emplacement du phylactère p 43 , puisque c'est le chauffeur qui s'exprime, et non Mortimer . A propos de cet épisode de la poursuite , Van Hamme s'inspire ici directement du Di Benedetto de l'Affaire Tournesol . Le vivier de références est profond , à la mesure de tous ces classiques , auxquels l'album tout entier se veut un hommage...
Bref , une histoire bien menée , un esprit très proche des Jacobs classiques ( sauf les accortes secrétaires et autre assistantes , même si Van Hamme n'oublie pas la victorienne miss Benson ).
Je rappelle toutefois que , respectueux de l'oeuvre originale et de la symbiose entre Jacobs et sa création , je considère les albums de reprise comme périphériques et non comme une continuation.









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