Croaa a écrit:Comment se rattraper aux branches.
Aucun rattrapage. Juste un truc pour moi fondamental.
Une planche prise au hasard dans la bédéthèque (mais je soupçonne celui ou celle qui l'y a mise de ne pas l'avoir fait par hasard).
Je viens de perdre plus d'une heure à rêvasser dessus. Bénis soyez-vous et les vôtres jusqu'à la treizième génération.
Expérience de pensée. Vous êtes un gamin des années 50 et vous venez d'acheter votre Journal de Tintin hebdomadaire.
Premier constat, l'auteur remet les pendules à zéro. Les gardiens évanouis et la mystérieuse silhouette, probablement évoqués dans le résumé, sont derrière nous, on parle d'autre chose.
Ce qui va dans le sens de ce que je disais : chez Jacobs, chaque planche, destinée à être lue et relue durant une semaine, a sa propre autonomie narrative. On est pas dans la continuité narrative d'un album, mais dans une succession d'épisodes-séquences d'une page (à suivre).
Jacobs n'est pas un romancier mais un feuilletonniste. Ce n'est qu'à l'album suivant qu'on lui imposera la norme des 62 pages...
Si on regarde bien la page, on se rend compte que chacun des trois strips a également son autonomie, se terminant par son propre cliffhanger.
Puis que chaque case peut être vue comme autonome, dotée de son propre commentaire.
On ajoutera que les commentaires sont volontairement bistrés de façon
1°) à passer au second plan et à n'être mobilisés que plus tard,
2°) à laisser au jaune sa fonction propre dans l'album (ici pas de jaune dans le premier strip, montée en force du jaune dans le second, jaune dominant dans le troisième pour finir par la marque éponyme).
Donc, le gosse, il a trois fois (image, image plus dialogue, image plus dialogue plus commentaire) trois niveaux (page, strip, case) de lecture. De quoi tenir jusqu'à la semaine suivante où l'auteur remettra à nouveau les compteurs à zéro. Fin de l'expérience de pensée.
Tout ça c'était pour dire que, chez Jacobs, surtout dans les méga deux premiers, il est normal de s'arrêter en cours d'album. De toute façon, c'était la fin de quelque chose.