Ai lu et observé cet album.
L’histoire de Pigalle, 1950 se déroule dans un monde parallèle. Ça ressemble à Paris, l’on voit des personnages qui auraient pu vivre dans ces années 1950, mais c’est totalement irréel.
Déjà, nous ne savons pas du tout sur quelle période exacte se développe l’histoire.
Période comprise entre 1950 et 1960, avec ces quelques indices :
L’autorail, au début de l’histoire, ne nous avance guère : il n’existait pas dans les année 1950.- Une Chevrolet Bel Air, modèle 1957.
- Une Citroën DS, donc après 1956.
- L’aérogare Sud d’Orly (Construit de 1957 à 1960).
- Autoroute A106 mise en service en 1960.
- Guerre d’Algérie…
Rien n’est très clair. Aucune date de précisée dans le récit. J’ai pensé trouver une date sur le journal de la page 80, mais bernique. (Heureusement, le Spirou reproduit en page 99 nous indique une date : 1957. Ouf ! Par contre, le kiosque à journaux est très mignon, mais il est daté de 1900…)
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Autres preuves de l’existence d’un Paris d’un monde parallèle :
les automobiles visibles datent pour la plupart d’avant-guerre. Si nous étions dans les années 1950 à 1960, nous verrions une plus grande variété de voitures, avec la nouvelle ligne « ponton » que l’on trouvait dans les années 1950, par exemple des Simca Aronde, des Renault Frégate, pour des autos vendues
dès 1951. On verrait aussi des scooters Vespa ou Lambretta, très nombreux début 1950. Saperlipopette ! Je vois, sur cette vignette des Champs, derrière la 402 Darl'Mat de Toinou, ce qui ressemblerait vaguement à une Aronde Taxi. Tellement discrète. Je n'avais pas bien observé.
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je pourrais parler aussi des plaques minéralogiques des bagnoles quelque peu fantaisistes, même si une ou deux sont plausibles. Le pompon revient à immatriculer un autobus avec une plaque civile (PP 75) alors que les bus de la RATP ont presque toujours eu leurs propres plaques de police internes. Ce n'est seulement que dans les années 1990/2000 que les bus ont eu droit aux plaques d'immatriculation standards. Mais là, j'abuserai de votre patience... Tout comme je ne veux pas rallumer le débat sur la présence d'un billard américain dans le Paris des années 1950, ça déjà été fait avec un Nestor Burma. Ah, l'influence des feuilletons amerloques sur notre belle jeunesse.)
La livraison du charbon en boulets par une (très petite) carriole tirée par Fillette la jument. C’est possible, mais bien léger pour fournir la chaudière (
le calo ) d’une boîte de nuit parisienne,
à condition d’organiser des livraisons quotidiennes. Un camion-benne avec une goulotte pour le déchargement en vrac, ou par sacs de charbon aurait été plus vraisemblable. Bon admettons, pour les besoins du scénario, afin d’expliquer l’arrivée et l’attachement de Toinou à La Lune Bleue. Entre parenthèse, tu parles de journées que s’enfilait le pauvre Toinou, à livrer, bosser au café de son cousin Alric et jouer les apprentis à La Lune Bleue ! Fallait pas être fainéant à l’époque, nom d’une pipe. On se demande d’ailleurs quand Toinou peut trouver un temps de repos.
Jean-Michel Arroyo avoue, en partie, dans Casemate (n°156, avril 2022) à propos de la grande vignette en haut de la page 30:
«
Le scénario dit simplement « paysage d’usine sous la neige. » Pour certains endroits j’ai dû coller à la documentation photographique pour éviter notamment des anachronismes. Pigalle et Montmartre ont bien changé depuis les années 50, même si leur cœur est protégé. Cette case est dans le ton, mais complètement inventée. J’adore être libre, prendre une feuille de brouillon et délirer, trouver des décors, rechercher des ambiances. Ici plus expressionniste que documentaire, le scénario m’a permis de m’éclater, tout comme sur les grandes illustrations à la fin du livre, destinées à la galerie Daniel Maghen. Quel plaisir j’ai pris à les faire ! Je me suis baladé dans Paris, j’ai regardé des images des documentaires. Et j’ai toujours à l’esprit le « 120 rue de la Gare » de Tardi. J’adore la série de fusains qu’il a réalisé sur Tardi. »
Ou alors… Il s’agit d’un Paris fantasmé, dessiné par un extraterrestre qui avait sous la main quelques éléments terriens trouvés dans un musée, période s’étalant de 1900 à 1960, éléments posés au petit bonheur la chance dans le récit. Tout se retrouve mélangé.
Je pense évidemment à une histoire du
Vagabond des Limbes, de Godard et Ribera,
Quelle Réalité, Papa !Bref, cette bande dessinée est décevante, ce "Paris de l’époque", c’est de l’à-peu-près. Un Paris de carton-pâte. Le dessinateur pensait peut-être aux décors comme l’on en utilisait dans la plupart des films tournés en studio dans les années 1950. C’est bien raté. Pourtant, Jean-Michel Arroyo n’est pas un débutant, il est né en 1973, âgé donc de cinquante ans, ce n’est pas un perdreau de l’année, si je puis me permettre. Le dessinateur pourrait faire preuve de son expérience en se documentant un peu plus sérieusement. Lui, qui dessine pourtant bien, je le précise à l'adresse de certains qui croient que je ne fais que démolir un dessinateur, aurait pu faire un effort pour mieux coller à la réalité et nous faire entrer dans un « vrai » Paris des années 1950/1960.
Ces dessins sur Paname sont très approximatifs, un genre de Canada Dry qui ne trompera que les jeunes, les très jeunes générations.
Un truc qui m'a fait bien rire, page 23, ce sont les "boulots"(*) qui se rendent au taf, sur le coup des cinq/six heures du mat'. On dirait que ces ouvriers matinaux
uniformisés ont été dessiné par Solé...
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(*) Boulots : surnom que donnaient les gangsters dans les années d'après-guerre aux ouvriers et travailleurs.