yannzeman a écrit: Ces gens, qui ne sont pas parti à Londres (pour combattre, s'entend, pas juste pour fuir dans un autre pays), qui n'avaient bien souvent pas d'autre choix que de travailler, mais qui n'ont pas souhaité (bien souvent, pour épargner leur famille) entrer en résistance, étaient des collabos.
Quand on est en guerre, la (fausse) neutralité n'est pas seulement un renoncement, mais aussi de la lacheté.
Ah ouais, quand même...
Si tu en remets une couche, je pense que je peux achever le ravalement de façade de mon domicile !
Déjà, as-tu discuté avec des gens ayant vécu cette période, pour connaître leurs conditions de vie, leur ressenti, entendre des anecdotes ?
Parce que vu l'âge des personnes susceptibles d'avoir des souvenirs au sujet de la période 1940-44, cela devient urgent de recueillir et transmettre les témoignages.
Au sujet du noyau dur des collaborateurs, il y a le docu-fiction diffusé sur Arte mardi et qui est en replay encore quelques jours : "Sigmarigen".
Et je me souviens encore d'un documentaire sur l'occupation vu il y a 11 ans : le commentaire rappelait qu'au plus fort de l'occupation (en gros, d'automne 1943 au printemps 1944), le nombre de collaborateurs actifs, engagés et pro-actifs (miliciens, politiques, policiers zélés...) était d'environ 300.000, et le nombre de résistants (combattants ou non) dans les différents maquis était du même ordre.
Cela correspondait en gros à 1% de collabos pro-nazis, 1% de résistants actifs, et 98% de nuances diverses entre les deux.
Je vais donner un exemple : mes arrières-grands-parents (maternels) qui à l'époque avaient une résidence dans un petit village dans la Sarthe où ils y étaient des "notables", et un domicile à Paris car mon arrière-grand-père co-gérait une entreprise de confection basée sur Paris.
- mon arrière-grand-père était plutôt circonspect mais penchait légèrement en faveur de la France libre : ni pétainiste, ni gaulliste convaincu, il a dû maintenir une entreprise au début de l'occupation, et accueillir sa belle-fille et sa petit-fille [cf. ci-dessous] ; il a pris sa retraite pendant l'occupation en laissant les rênes à mon grand-père et s'est retiré dans la Sarthe vraisemblablement en 1942, à 60 ans.
- mon arrière-grand-mère était plus conservatrice, était très pétainiste de conviction ; je doute qu'elle ait été faire des rafles ou le coup de force alors qu'elle avait au moins 55 ans et une position sociale de petite/moyenne bourgeoisie à tenir, ainsi qu'une maisonnée à gérer. Mais elle a dû voir le maréchal en sauveur et chanter régulièrement le "Maréchal, nous voilà !".
- mon grand-père (né en 1909) : mobilisé (en gros) de septembre 39 à juillet/août 40, il a fait des pieds et des mains pour être démobilisé à l'été 40 (après la déroute et avoir rejoint le sud de la France), et retrouver ma grand-mère qui venait d'accoucher de ma tante pendant l'exode ; il a alors 31 ans, co-gère puis gère une entreprise familiale qui tourne au ralenti, il est marié depuis l'été 1939 et n'a pas encore emménagé en famille dans un appartement dont le bail a été signé en août 1939 et qui ne sera réellement occupé par mes grands-parents qu'en septembre 1940 (ma grand-mère est retourné vivre au sein de sa famille pendant la mobilisation de mon grand-père), et il est père de famille depuis juin 1940 (yep, ma tante est née à Royan au lieu de Paris en raison de l'exode de ma grand-mère) ; certains de ses camarades de régiment ont été fait prisonniers (et passeront la guerre en stalag), il a désormais une famille à "entretenir" et une entreprise à faire tourner. Je sais désormais qu'il a troqué du tissu contre de l'alimentation d'autant qu'il est de nouveau père au printemps 1942 (d'un enfant qui mourra 6 mois après), puis de nouveau en mai 1944 : il reste à ma connaissance neutre politiquement, notamment pour ne pas nuire à sa famille et son entreprise, selon mes suppositions.
- son frère (né en 1910 ou 11) : mobilisé également, il s'est marié avant guerre et a déjà un enfant ; il est fait prisonnier lors de la débâcle et passera toute la guerre en stalag : mes arrières-grands-parents recueillent sa fille (et vraisemblablement sa femme) à la campagne dans la Sarthe. Bah, pour le coup, il est prisonnier, rien à ajouter.
- la sœur (année de naissance inconnue) : aucune idée ; je doute qu'elle ait été résistante ou collabo active. Je ne connais pas ses convictions politiques à l'époque.
- le cadet (né en 1916) : également mobilisé, il n'est démobilisé qu'en novembre 1940. Dès le début de 1941, il rejoint des réseaux de résistances et effectuera des voyages à Londres, des séjours à Alger pour préparer le débarquement d'Afrique du nord notamment, et est parachuté à plusieurs reprises en France pour l'organisation ou réorganisation de plusieurs réseaux notamment à Paris et nord-Loire. Il est arrêté à Noël 1943, déporté en mars 1944, emprisonné (car disposant de faux papiers d'officier du Commonwealth), il meurt dans la tragédie de la baie de Lübeck début mais 1945 à bord du
Thielbeck ; je soupçonne mon grand-oncle d'avoir rejoint la résistance pour plusieurs raisons, dont l'une est irrationnelle : il avait une relation tendue avec sa mère, mère qui était très pro-Pétain, et s'engager était une manière d'aller à l'encontre des convictions de sa mère ; mon grand-père idolâtrait son jeune frère mort trop jeune et avait amassé pas mal de doc sur ses faits d'armes et de témoignages de résistants l'ayant croisé.
J'ai brossé à gros traits, mais cela donne une idée plus nuancée de l'occupation ; une même maisonnée/fratrie (je ne parle même pas de cousinade) peut abriter un spectre assez large de convictions et d'activités au cours de l'occupation.
J'aurais pu également parler de la branche paternelle, hein !
Du coup, je recommande chaudement la lecture de la BD récemment parue "
collaboration horizontale" qui brosse là aussi la vie d'un immeuble parisien et de ses occupants pendant les années d'occupation.