KrazyKat a écrit:Cobalt 60 a écrit:KrazyKat a écrit:
C'est sans doute une des plus belles et des plus célèbres pages de la saga Blueberry, avec une grande case exceptionnelle.
Cela dit pour l'avoir vue en de maintes occasions, je dois avouer qu'elle ne m'a jamais vraiment impressionné.
Elle est sans doute trop détaillée pour être lisible de loin.
C'est rare les originaux de bandes dessinées qui peuvent tenir un mur...
Et pourquoi une planche devrait-elle être lisible de loin ? Ce n'est pas une affiche !
Lorsqu'on décide de sortir une planche de son contexte pour l'exposer au mur, on change le statut de celle-ci et donc forcément le regard qu'on lui porte...
Ca fait quand même un moment que je collectionne et j'ai donc beaucoup plus d'originaux que ce que je peux mettre au mur (je n'habite pas un chateau). Ce n'est donc pas le critère principal qui guide ma collection mais très certainement mon choix de ce que je mets au mur (au moins en partie). Les planches et dessins non exposés sont rangés dans des classeurs et portfolios que je regarde fréquemment, mais le rapport est clairement différent.
Cela dit je me suis aperçu que mettre au mur un original de bandes dessinées est souvent l'épreuve du feu. Je me suis parfois lassé très vite de planches de grands auteurs que j'avais mises au mur. Ces planches ne font plus partie de ma collection, et je ne les regrette pas... (je ne parle plus de Giraud là, hein!)
Cobalt 60 a écrit:Et qu'entends-tu par "loin" : un mètre ? Dix mètres ? Cent cinquante mètres ?
Parce sauf si on habite dans un château, il est difficile d'être vraiment loin d'un mur.
Cette planche me parait réussie dans le sens ou, bien que chargée de détails, le dessin ne perd pas en profondeur, contrairement a certaines autres planches de Giraud (ou de Moebius sur l'Incal en particulier).
Je suis bien d'accord, mais il faut vraiment avoir le nez dessus (je dirais moins d'un mètre, si on a de bonnes lunettes, puisqu'il faut être précis).
Tout ça pour dire que comme Stephane, s'il fallait mettre une Giraud au mur, ce ne serait sans doute pas celle-ci que j'aurais choisie non plus, ce qui n'enlève rien à la qualité de cette planche fabuleuse ...
C'est plus clair maintenant. Je te remercie pour ces explications.
Je vois tout de même un paradoxe dans tout ça. C'est que le changement de statut de la planche est de ton seul fait. Je veux dire qu'a la base aucune planche n'est conçue pour être suspendue a un mur, c'est un détournement de son usage. Des lors, le critère d'impact a distance ne peut pas être retenu comme une donnée objective quant a la qualité d'une planche. Et ce n'est d'ailleurs pas ce que tu fais.
Comme le travail de Giraud s'apparente a de la gravure sur certains albums, il perd évidemment en lisibilité a distance. C'est flagrant quand on va voir une expo de gravures, il faut s'approcher pour les apprécier.
Concernant cet album et cette planche en particulier, je me demande toujours dans quel état d'esprit pouvait être Giraud au moment d'attaquer une case telle que celle de présentée ici. Cela relève de la performance artistique. Il faut avoir une pleine conscience de ses capacités techniques, une grand confiance en soi et une envie de scotcher son lecteur et soi-même. Je ne pense pas que Giraud se soit servi d'un document comme référence.
Au moment de la publication de l'album, peu de dessinateurs se lançaient avec autant d'aplomb et d'audace dans ce genre de case. Il doit y avoir un cote vertigineux a se dire qu'on peut accoucher d'un case pareille. En plus, il réitère ce genre d'exploit régulièrement : ce qui est exceptionnel pour un dessinateur ordinaire ne l'est visiblement pas pour Giraud.
Pour ne parler que de cette seule case, la composition est magnifique. Les deux principaux personnages arrivent a être lisibles malgré la foule qui les entoure et il y a un effet de montage interne a la case saisissant, comme un travelling qui partirait de Blueberry pour arriver a Boudini en survolant la scène. Une vrai séquence de cinema. L'influence de Sergio Leone n'est pas loin.
Je note que c'est aussi l'époque de la hachure grouillante et désordonnée. Sur cette case Giraud emploie différentes techniques de hachures (qu'il serait amusant de répertorier). Elles donnent un aspect crado a tout ce qui est représente. Par la suite il domestiquera la hachure et on ne reverra plus ce type d'ambiance. La hachure-point moebiusienne appliquée et cérébrale aura pris le dessus. Ce style crado, moite et etouffant est d'ailleurs tout a fait raccord avec les ambiances et le ton du récit. Avec la Balade pour un Cercueil, on reviendra vers un style un peu plus épuré.
On est la a une étape de transition. Mais, d'une certaine manière tous les albums de Giraud sont des transitions ou plutôt des expériences graphiques qui constituent un jalon vers autre chose. Ce qui est réjouissant, c'est que sa quête artistique parait sans fin et qu'il se refuse a figer son graphisme.