
je l'avais vu à sa sortie en 1998. Je me souviens avoir vraiment apprécié le film, mais en le revoyant hier, j'ai l'impression qu'à l'époque, je l'avais regardé avec une naïveté presque embarassante (pas très politisé à l'époque, non plus, je confesse). De prime abord, Pleasantville présente un aspect délicieusement réconfortant. Si, bien sûr, la fable est évidente, elle conservait une forme de gentilesse qui adoucit le propos. L'esthétisme très travaillé rassure également. Le récit semble gentiment impertinent et propose une jolie ode à la liberté.
En la revoyant, j'ai d'abord été frappé par la modernité du propos. Puis ,les details commencent à sauter aux yeux. Les livres dont il est questions font partie des livres les plus censurés aux USA (Huckelberry Finn, l'attrape-coeur, Lady Chatterley). Je n'avais pas tilté sur la puissance de la scène de l'autodafé, l'associant à un passé révolu, alors que, bordel, ça continue. Voir des pompier s'affairer autour d'une pile de livres en feu est une référence on ne peut plus claire. Je sur-interprète peut-être, mais le gentil voisin qui arrose sa pelouse me rappelle Blue velvet... métaphore d'un rêve américain de façade qui cache des secrets sombres (même impression nque dans la scène finale de Weapons, d'ailleurs). Le saccage du restaurant de Bill, devenu atelier de peinture, rappelle la haine des "arts dégénérés". L'analogie entre les braves gens et les "colored" est transparente, surtout lorsqu'on réalise qu'il n'y a aucun personnage racisé à Pleasantville. Le maire tient d'ailleurs un discours complètement ségrégationniste, encore renforcé par la scene du procès, lorsque les colorés sont confinés à l'étage.
Sans doute que dans l'hallucination collective de "la fin de l'histoire" et la bonne image des USA de Clinton, l'urgence du propos de Ross ne paraissait pas de manière aussi criante. En 2026, les USA nous renvoie une toute autre image et , finalement, Pleasantville rappelle que le fascisme bénéficie de l'insécurité de bons pères de famille en costume. Et Gary Ross signe un film foutrement transgressif.








