Tireg a écrit:Chez Yoann et Vehlmann, on sent plus la "réflexion" méta et de déconstruction sur Spirou et la figure du héros, au détriment d'une aventure bien ficelée.
oclero a écrit:Il y avait la réflexion méta chez Tome et Janry, mais elle était plus finement amenée, et l'histoire pouvait s'apprécier au premier degré sans saisir sa portée méta. [...]
Je pense aussi que ce genre de séries (Tintin, Spirou) ont déjà exploré énormément de styles d'histoires, et que les seuls moyens qu'il reste pour en raconter de nouvelles, c'est de jouer avec les codes qu'elles ont elles-mêmes introduit.
En réalité, ce n'est pas tant la réflexion "méta" que la déconstruction le problème. L'important est effectivement d'être en mesure de conserver un double niveau de lecture, et ça passe par
jouer avec les codes, et pour cela il faut bien les connaître, bien les maîtriser et les manipuler avec suffisamment de finesse (et de précaution) pour conserver la possibilité de double lecture mentionnée plus haut, qui permet à la série d'être finalement appréciée à tout âge et réinterprétée.
Si tu casses les codes ou que tu les moques explicitement par exemple, tu tombes dans la déconstruction, et une fois que c'est fait, reconstruire est à peu près impossible. Il ne reste que poursuivre dans une veine 2e degré apparent (donc un seul niveau de lecture, du genre un peu goguenard et patelin, clins d'œil entre potes — ce qui va faire se détourner tous les lecteurs qui ne cherchent que le 1er degré : à commencer par les enfants) et c'est un mode qui ne tient pas la distance, car l'œuvre est privée de justification interne et ça sera vite répétitif et lassant.
Je ne saurai pas juger les
Spirou de Y&V, car je ne les ai pas lus : à chaque fois que j'ai feuilleté, je tombais sur des personnages de Spirou et Fantasio irascibles et bondissants, ça me fatiguait d'avance et je passais mon chemin.