Tintin en Amérique : un volume très riche en informations et en illustrations sur et album ainsi que sur ses sources et sur son devenir, avec des changements de dessins et sur certains événements. Dans sa rédaction et dans les illustrations, Goddin se base surtout sur la version initiale - version que je n'ai pas, ce qui explique peut-être certains points avec lesquels je suis en désaccord.
Contrairement à l'album précédent, ça ne concerne pas le sujet du racisme. Je suis d'accord avec Goddin pour dire qu'Hergé défend ici les indiens et les noirs et critique la soiété américaine qui les opprime. Les noirs ne sont que peu présents et ne sont en tout cas pas des personnages actis. Mais l'album critique clairement le racisme de la société américaine, lequel se matérialise particulièrement par quelques dialogues sur les lynchages comme dans ces informations entendues à la radio : "On a kidnappée 35 bébés... 44 nègres ont été lynchés. 150 galions d'eau de javel champagnisée ont été saisis par la police". Il y a d'ailleurs une censure tardive que je n'ai pas comprise et que Goddin décrit en p. 67 : Tintin entre dans un appartement et y voit une femme noire porter son bébé ; elle est certes un peu forte et avec une robe pas très belle ; mais ça ne me semble pas vraiment raciste et, dans une édition suivante, Hergé adoucit le trait. Ca n'a pas empêché qu'elle soit remplacée par une femme blanche dans une édition ultérieure : je trouve ça vraiment ridicule et contre-productif.
Pour les indiens, il y a des moments où ils sont ridicules, notamment lorsqu'ils se bagarrent suite à une manoeuvre de Tintin ; mais c'est le lot de beaucoup de personnages et c'est contrebalancé par d'autres moments où ils sont plus dignes. Je n'y vois donc pas une charge, d'autant plus qu'Hergé montre et dénonce ensuite l'hypocrisie et le racisme de la société américaine à leur encontre dans une scène célèbre.
A la limite, je serais plus critique dans une case (atténuée dans les rééditions) dans laquelle on voit Tintin photographier un indien réduit à la mendicité :

En la voyant avec un regard d'adulte, ça met assez mal à l'aise. Mais je ne préjuge pas de l'intention d'Hergé à ce sujet, vu la façon dont il en traite dans le reste du volume.
En revanche, je suis en désaccord avec cette phrase : "A plusieurs reprises, Tintin est capturé par des policiers qui, au lieu de le protéger, se révèlent complices des gangsters" (p. 33).
Je ne comprends pas cette interprétation, à moins qu'il n'y ait eu des modifications sur ce point entre les différentes versions. Dans la mienne, je ne vois aucun policier corrompu, à part celui de la première case. Si on regarde les rapports de Tintin avec les policiers :
p. 2-4 : ils l'aident à arrêter le chauffeur qui a essayé de l'enlever ;
p. 7-8 : un policier l'arrête parce que Tintin lui dit qu'il a arrêté Capone ; mais ce n'est pas parce que le policier est corrompu mais parce qu'il croit qu'il lui ment/est fou ;
p. 11 : des policiers prétendent l'emmener au commisariat mais l'envoient en fait chez Bobby Smiles ; sauf que ce ne sont pas des policiers mais des gangsters déguisés ;
p.15 : des policiers l'aident à arrêter les hommes de Bobby Smiles ;
p. 35 : des policiers l'arrêtent parce qu'ils le croient coupable d'un braquage ; c'est une erreur et ils tentent d'ailleurs de le protéger lorsque la foule veut le lyncher ;
p. 36 : le shériff apprend que c'est une erreur et veut aller le sauver (il n'y arrive pas parce que c'est un poivrot mais il a quand même l'intention de le sauver) ;
p. 43-44 : les policiers s'inquiètent de la disparition de Tintin et reçoivent le colis contenant Bobby Smiles ; ils l'arrêtent.
p. 45-46 : arrivée de Mac Adam ; c'est un imbécile mais absolument pas un corrompu ;
p. 48-49 : Tintin est arrêté par erreur et relaché avec des excuses ;
p. 60-61 : Tintin est arrêté mais par de faux policiers qui font partie d'une bande.
Bref, je ne vois pas vraiment où sont les policiers corrompus dans cette histoire. Cette absence est d'ailleurs à mon avis un des points faibles de l'album, de même que celle de la prohibition (même s'il y a quelques allusions ici ou là) qui était pourtant centrale dans la situation de Chicago.
Je n'ai pas non plus compris que Goddin parle de "l'arrestation du balafré [Capone]" par Tintin (p. 34) : Capone ayant réussi à se libérer, il n'a jamais été arrêté. Son absence dans la suite de l'album est d'ailleurs pour moi un autre des gros points faibles de l'album.
Comme pour les volumes précédents, ces coulisses comportent de nombreuses illustrations très intéressantes : dessins divers sur les indiens, objets promotionnels, comparaisons de versions de différentes époques, photographies de Chicago ou d'indiens... Ca en fait une lecture très intéressante.