Tintin au Congo : ouvrage très intéressant par sa contextualisation sur les sources d'Hergé et sur la période, avec de nombreuses illustrations, sur l'évolution de la arrière d'Hergé également avec plusieurs cases de Quick et Flupke. Ces illustrations font une grande partie de l'intérêt du livre, qu'elles viennent d'Hergé ou d'autres auteurs (dessins, affiches, photographies, oeuvres d'art...). On voit aussi qu'Hergé cherchait à se documenter sur la situation (enfin, sur une partie de celle-ci) et c'est intéressant de voir les rapprochements entre certains éléments réels (par exemple le costume de léopard) et des situations de la BD.
C'est dommage qu'à côté, Goddin cherche avant tout à dédouaner Hergé des accusations de racisme et à en faire un simple reflet du colonialisme de son époque. Ce qui ne peut se faire qu'avec une bonne dose de mauvaise foi, voire, au moins dans un cas, de malhonnêteté intellectuelle. Oui, l'ambiance à l'époque était colonialiste ; mais Gide avait publié peu avant son voyage au Congo (certes français) et les crimes commis sous Lépold II étaient bien connus.
Oui, aussi, les méchants sont principalement des blancs, le méchant noir finissant d'ailleurs par se repentir.
Mais les personnages noirs sont clairement vus comme inférieurs et à civiliser par les bons colons blancs (les missionnaires ou Tintin). Et Goddin cherche clairement à le minimiser, en particulier aux pages 30-31 où il sélectionne les cases qui lui permettent de défendre son point de vue en omettant les autres. Quand il écrit : "Quelle autre leçon pourrait être, logiquement, tirée de cet épisode, sinon que les Belges devaient être de fameux filous pour oser refiler aux Congolais un matériel ferroviaire à ce point vétuste..."
Sauf que, pour écrire ça, il faut déjà une bonne dose de surinterterprétation (bon, à la limite, en se basant sur les seules 2 cases du bas) et surtout ignorer complètement la suite. Les cases montrées par Goddinsont les suivantes (dans une version colorisée) :

Je reprends l'album (p. 19 à 21, avec une mise en forme un peu différente). Les cases montrées correspondent bien à la première bande de la page 20 mais.. :
2ème bande : Tintin invetive les Congolais en parlant de "votre vielle tchouk-tchouk", ce qui invalide complètement l'interprétation de Goddin pour la page précédente. La responsabilité est celle des Congolais (dont le train s'est crashé à cause de Tintin)

3ème bande : Milou pousse le train pour le remettre sur les rails (ou plutôt pour inciter les Congolais réticents à le faire) et lui et Tintin engulent ces derniers comme des poissons pourris ("Allons, tas de paresseux, à l'ouvrage !", "Allez-vous vous mettre à l'ouvrage, oui ou non ?..."). Notons que, pendant ce temps, Tintin n'en branle pas une.
4ème bande : les Congolais ont finalement remis le train en place en remerciant Tintin qui est finalement satisfait.
Pour être complet, en page suivante, Tintin remet sa voiture en place.
Pour ne pas voir du racisme méprisant là-dedans et, au contraire, une critique de la colonisation, il faut quand même, pour moi, une bonne dose de malhonnêteté intelletueelle.
(qu'on retrouve aussi un peu plus tard sur un autre sujet quand Goddin parle des accusations de collaboration contre Hergé ; le volume sur l'étoile mystérieuse risque d'être assez gratiné).