
drôle de film, qui raconte le parcours compliquée d'une fille d'agriculteur qui rejoint une prépa math/physique prestigieuse et galère à trouver sa place. Dans un premier temps, le film semble dénoncer une spécificité française que cette fabrique des élites, complètement déconnectée de la réalité et biberonnée à une forme d'excellence obsolète. Il est évident que les bancs des prépas sont là pour former une élite, comme une forme d'aristocratie qui ne dit pas son nom, où la mixité sociale est tolérée comme un mal nécessaire (inconsciente ou non dans le chef du réalisateur, l'absence totale de personnages racisés saute pourtant aux yeux, la mixité sociale étant assurée par une provinciale terrienne). On assiste à une machine à broyer les faibles, tant tout l'enseignement est dirigé vers la réussite de concours pour accéder aux hautes écoles les plus prestigieuses, la réussite valant plus que l'ambition personnelle (l'un des personnages passe presque pour original parce qu'il ne rêve que de l'école des mines, afin de pouvoir construire des éoliennes, alors que la majorité ne rêve que de polytech).
puis, progressivement, le scénario semble ne plus assumer ce qu'il voulait dire. S'il paraissait remettre en cause une fabrique de cerveaux ultra-formatés appelés à prendre les rênes du pays, construit de telle manière qu'il est extrêmement difficile d'y entrer quand vous n'êtes pas du milieu, faute de soutien, de temps, de réseaux, de maitrise des codes... il se conclut sur une note étrange, montrant qu'il est possible pour les plus méritants et les plus courageux qu'il est quand même possible, avec de nombreux sacrifices, de rejoindre les happy-fews. Quelques scènes avec les gilets jaunes tentent maladroitement de revenir sur la légitimité d'un système complètement coupé des gens, ceux d'en bas, les sans-dents qui ne comprennent pas qu'il doivent faire des efforts pour éviter de devoir toucher aux plus riches.
Par hasard, je suis tombé sur une interview qui n'avait rien à voir, mais qui allait un peu dans le même sens, sur l'incapacité à prendre le problème dans le bon sens. Un psychiatre expliquait que le mise en avant de la santé mentakle ces dernières années n'était rien d'autre qu'une nécessité économique et que la "solution" trouvée se limitait finalement à faire de la santé mentale un fait médical, donc à charge de l'individu qui est en souffrance et qu'il faut soigner, au lieu de se poser la vraie question: pourquoi est ce que la société engendre cette souffrance. Il est plus facile de sefocaliser sur l'individu, la ressource humaine, que de remettre en cause le système.
de la même manière, ce film se focalise sur l'individu et lui donne les moyens d'atteindre un but malgré sa condition de prolo provinciale au lieu de se poser la question la toxicité du système.
Mais, bon, c'est plus facile de demander aux gens de ne plus utiliser de pailles en plastique que de s'attaquer à la pollution aux microplastiques dans l'eau minérale.
pour en revenir au film, il se laisse voir, il est plutôt bien joué mais il laisse un sentiment d'akoibon en fin de gorge.