tzynn a écrit:Est-ce que finalement ce n'est pas juste Saint-Malo qui va devenir le premier grand rassemblement officiel ? Ca a l'air plus stable avec une organisation plus sereine. Il suffirait de l'étoffer un peu et d'organiser la remise des prix, et la profession pourra oublier Angoulême et les risques liées à son organisation.
J’arrive peut-être un peu tard pour parler d’avenir, mais j’espère qu’il reste encore un peu de monde pour échanger.
On entend quelquefois la comparaison du Festival d’Angoulême avec le Festival de Cannes.
Le Grand Off a démontré ce week-end qu’il faut plutôt le comparer au Festival d’Avignon.
Il ne s’agit pas de comparer le théâtre à la BD, bien qu’elle me semble plus proche d’Avignon que de Cannes, et la BD n’a jamais eu l’excès « bling-bling ». Derrière cette comparaison se cachent deux visions très différentes de la culture.
Je n’irai jamais à Cannes : nous en sommes inondés dans les médias.
En revanche, je suis allé souvent à Avignon.
On y retrouve toute l’effervescence et la ferveur du Grand Off de ce week-end.
Le Grand Off a rappelé une évidence trop souvent oubliée : la bande dessinée est un art populaire, vivant, incarné, qui se transmet aussi par la proximité et l’échange.
Pourquoi opposer un futur festival façon FIBD et un Grand Off ?
En 2027, Angoulême pourrait avoir un beau modèle :
– un « In » "In"ternational, pour les initiés et les passionnés qui acceptent de payer (un peu) et de patienter des heures pour une rencontre, une dédicace ou une grande exposition, avec un véritable rayonnement international ;
– et un Grand « Off » qui rassemble toute la diversité de la BD, et qui soit un lieu de découverte accessible à tous, aux enfants et aux familles.
Le Off présente un intérêt réel, stratégique et même vital pour le In : ils sont interdépendants.
Le Off agit comme un radar artistique à grande échelle et un vivier de talents.
Le In dispose d’une force de communication et de rayonnement international.
Un In sans Off devient un sommet isolé.
Un Off sans reconnaissance institutionnelle s’épuise.
Bien évidemment, ce format ne peut pas durer 22 jours comme le Festival d’Avignon, d’abord en raison de la nature des œuvres présentées : à Avignon, une œuvre dure de 1 à 2 heures (voire 13 ou 18 heures), et pour toucher l’ensemble du public, il faut du temps, ce qui n’a rien à voir avec la durée d’une dédicace.
Mais l’originalité pourrait être un format de 10 jours pour Angoulême, soit une semaine encadrée par deux week-ends :
– cela laisserait beaucoup de temps pour les temps longs : grandes expositions de référence, conférences de fond, rencontres professionnelles, masterclass, transmission, pédagogie, accueil des scolaires et des universitaires… Certains professionnels n’auraient pas à sacrifier leur week-end, même s’ils auraient naturellement intérêt à rester lors des week-ends pour les rencontres ;
– et deux week-ends (et la semaine intermédiaire) pour les dédicaces, les grands flux de publics et l’accueil des bédéphiles internationaux.
Un format étendu mais structuré permettrait de corriger plusieurs tensions actuelles : la concurrence excessive pour les dédicaces sur un temps trop court, la frustration du public, l’épuisement des auteurs, et la confusion entre espaces de réflexion et espaces de flux.
Il introduirait une hiérarchisation claire des usages du temps, aujourd’hui absente.
Ce format ferait aussi la joie des hôteliers et restaurateurs et générerait des retombées économiques étalées pour le territoire.
Tout le monde y retrouverait son compte : organisateurs, auteurs, éditeurs, financeurs, collectivités, partenaires territoriaux, acteurs de l’hospitalité…