Des indispensables, ce sont des oeuvres qui supportent plusieurs lectures, des oeuvres qui deviennent des classiques parce qu'elles touchent (de diverses façons) par leurs qualités intrinsèques et font réféchir durablement, des histoires auxquelles on repense encore après avoir refermé le livre, dans lesquelles l'auteur propose un regard personnel et acéré, un discours auquel nous n'avons pas forcément adhéré, mais dont les qualités formelles (écriture, dialogue et / ou dessin) sont indéniables.
Cela peut donc correspondre (ou pas) aux indispensables que l'on fait apparaître dans notre compte BDgest, mais je reconnais là aussi qu'il peut y avoir des aléas qui faussent la liste : oubli, flemme, maladresse informatique, mort prématurée de l'internaute

, schizophrénie qui fait que je mets un titre dans la liste, le retire, le remets...
Je n'irai pas beaucoup plus loin parce que j'ai un concept (certainement) foireux d'une subjectivité objective, qui serait proche à la réflexion, de la définition kantienne du beau (que j'ai probablement mal comprise...

, je t'avais dit que c'était foireux).
Mais en gros, c'est ce qui te pousse à dire, exalté, devant l'aurore qui éclaire les Pyrénées : " C'est beau " et non : " Je trouve que c'est beau ". C'est l'expression d'une universalité face à un spectacle qui nous touche de façon irrémédiable. J'ai bien conscience que cela peut paraître prétentieux, faussement élitiste, mais je crois que Kant dit (mais je n'en suis pas sûr, en tout cas, j'aime bien l'idée, même si mon interprétation est fausse), que cet élan face au beau à défaut d'être spontané peut aussi être suscité par l'acquisition des codes - la capacité à s'appuyer sur des critères formels ou du moins objectifs - qui permettent de savoir que nous sommes face à une grande oeuvre. En lisant ça, je me dis que ça fait un peu révolution culturelle chinoise et ça fait peur, mais en fait, je pense que c'est tout le contraire

, c'est plutôt tout ce que l'instruction permet d'acquérir et qui permet d'accroître cette sensibilité au beau, et ça, c'est chouette).
C'est aussi une oeuvre qui résiste à l'usure du temps et à nos propres changements. J'ai repris récemment un album que je n'avais pas lu depuis 10 ans et j'ai été tout aussi enthousiaste qu'à ma première lecture et intéressé par le sort des personnages parce que la mécanique est parfaitement huilée (mélange génial de la technique de l'artisan et de l'inspiration de l'artiste qui assure une narration implacable).
Je vois les limites de cette définition, mais cela me permet de m'y retrouver et de caresser nu mes deux cents albums environ dans ma bibliothèque (

) - tout le reste, je le vends ou je l'échange.
Bref, je n'en dirais pas davantage, car je ne veux pas ouvrir la boîte de Pandore (mais je crois que c'est déjà trop tard...), mais tu l'auras deviné, je ne suis pas un adepte du " Tout ça, ça dépend des goûts " ou de la rengaine éternelle : " Les goûts et les couleurs..." qui vient clore tout débat de façon tragique.
Dernière remarque peut-être pour résumer(je ne suis pas sûr d'être d'accord avec moi-même là ni d'être aussi intransigeant - je peux me marrer en lisant un
Louca, mais ça, c'est parce que j'adore le foot...

- ), un indispensable serait (notez le conditionnel) une oeuvre culte. On peut ne pas aimer les films de Kubrick (mais franchement qui peut ne pas aimer les films de Kubrick?

), mais qui peut dire qu'il n'est pas important de les avoir vus si on aime le cinéma ?
Si tu n'es pas d'accord, tu as le droit et je terminerai donc en citant de mémoire et de manière très approximative ce penseur brillant : " Ce site est un lieu où se mêlent passions et mauvaise foi avérée " (Nexus4)
