Panique Un film de Julien Duvivier, de 1946, inspiré des fiançailles de M.Hire de Simenon.
On est dans l'immédiat après-guerre, mais ce film s'inscrit bien dans la veine des films policiers à l'ancienne des années 30.
Je serai totalement partial sur le sujet et dans ma critique, car j'ai une immense admiration pour Michel Simon, à mon avis un des plus grands acteurs du cinéma mondial. Dans ce film, il montre son talent d'acteur protéiforme, lui qui sait tout jouer, incarner à la perfection : clochard, juge, marinier, conducteur de train, homme d'affaire etc. et toujours juste dans le jeu et le ton.
M.Hire, le personnage central de ce film est un homme cultivé, intelligent, sensible mais vu comme un ours misanthrope, portant un regard sévère sur l'humanité, au dessus de la médiocrité de la société qui l'entoure et que pour cela le rejette. Il s'en accommode d'ailleurs fort bien. L'action policière puisqu'il s'agit aussi d'une enquête en récit d'arrière plan, est un support à cette analyse psychologique écrite par Simenon.
Le cadre de l'action, c'est une petite place de quartier populaire, bon enfant, tout proche de Paris qui accueille une grande fête foraine. A ce propos, on a un aperçu des manèges de l'époque qui sont plutôt proches de ceux d'aujourd'hui.
La musique foraine et les chansons d'amour des chanteurs de rue rythmeront presque tout le film, à l'exception de la scène qui marque le point culminant final et de l'escapade sur l'île ou lorsque le Dr Varga reçoit chez lui.
L'indifférence relative de Hire est contrastée par une galerie de portrait de ces gens modestes, représentants de la bonne société des Français moyens . Cependant, au cours du film, Hire, réservé, cultivé, n'attendant rien de personne va s'ouvrir petit à petit, et s'humaniser en contraste avec ce bon peuple qui devient de plus en plus odieux et obscène, manipulé par les manœuvres sournoises d'un petit malfrat, Alfred avec sa complice Alice, récemment sortie de prison (Viviane Romance, garce magnifique). Alfred, assassin d'une dame du quartier, la veuve Noblet, apprenant que Hire détient une preuve de sa culpabilité, cherchera à l'aide d'Alice à récupérer cette preuve puis en dernier recours à faire accuser Hire.
Les femmes et les hommes sont montrés sous leurs sentiments les plus bas, les femmes sont vénales, tricheuses, hypocrites, les hommes lâches, méchants quand ils ne tombent pas dans la délation et le maquillage de crime pur et simple. Restent quelques personnages aux sentiments innocents comme cette petite fille qui accepte sans méfiance les pommes que lui offre Hire en toute sincérité et qui refuse de le calomnier, ou son logeur qui s'oppose à la foule haineuse.
Hire, revenu du monde des hommes, photographe impuissant et philosophe de la misère et la lâcheté humaine aperçoit l'horizon d'un avenir plus heureux par son action auprès de cette jeune femme dont il est tombé sous le charme et qu' il veut délivrer de ses mauvaises fréquentations. Cette humanité qu'il avait délaissée l'aveuglera jusqu'à sa chute finale.
La panique morale est celle de ce peuple couard et détestable, faible comme cet Alfred, véritable tête à claques (qui sera bien giflé comme un chenapan par Hire formidable d'autorité).
C'est aussi celle de Hire lorsqu'il revient à son domicile et que toute la population l'attend au pieds de ses valises. Hire, désorienté et incrédule devant la méchanceté perd alors son sang-froid et finit dans une chute mortelle.
Duvivier a toute la maitrise des décors, des plans, des mouvements de caméra, des jeux d'ombres dans les escaliers, derrière les fenêtres, jouant un ballet parfaitement clair pour le spectateur dans les intentions des personnages et dans les déplacements dans l'espace formé par ce groupe d'immeuble.
Il y a deux scènes que je trouve marquantes, celle où Hire, sur l'île des Loups (au Perreux sur Marne alors en banlieue campagnarde

où il s'invente une vie nouvelle et loin de la misère humaine et celle terrible de cette foule qui chasse Hire jusqu'à le faire chuter du toit.
J'ai lu dans une critique que les marques de haine d'une foule avide de vengeance étaient exagérées, ainsi que le jeu d'Alice (ses manoeuvres de séduction en jeu
de jambes, sourires et décolletés faussement pudiques peuvent paraître cousus de fils blancs). Je pense sincèrement que ce type de comportement n'est pas si chargé, et l'actualité nous en donne hélas souvent le triste exemple.
N'oublions pas que nous sommes juste après la guerre, période exacerbée où les règlements de compte ne se faisaient pas dans la dentelle.
J'ai donc revu avec un très grand plaisir ce film et ma note reflète cette satisfaction 17/20