Un album très agréable
C'est un page turner qui se déroule à un rythme effréné où l'on suit presque l'intégralité de l'incroyable vie de Belle Da Costa Greene. Les péripéties s'enchaînent, toutes plus folles les unes que les autres. Heureusement que cela se base sur un personnage réel, sinon on trouverait ça trop gros.
J'ai quand même trouvé la narration parfois un peu trop lourde. Je donne un exemple au tout début de l'album La mère de Belle s'adresse à sa grand-mère :
- "Ta petite fille Belle et ses frères et sœurs sont confrontés à la ségrégation tous les jours".
C'est bon, je sais déjà que Belle est l'héroïne que je vais suivre tout au long de l'album. Ici, le dialogue ne sonne pas juste. Et ça me sort un peu du récit.
Le dessin de Nina Jacqmin est toujours aussi parfait. La fluidité narrative sur le plan graphique est au top. On est plongé dans le récit. C'est d'une beauté à tomber. La caractérisation des personnages est très juste. Les émotions passent parfaitement sans jamais être surjoué. Encore une fois, cela a marché à fond sur moi.
Malgré ses indéniables qualités, je dois avouer que je suis quand même déçu.
Déjà, et j'en suis le seul responsable, parce que mes attentes étaient immenses. Je l'ai déjà dit, la tristesse de l'éléphant est pour moi un livre fantastique. La barre était donc très haute. Même avec un bon livre, je reste sur ma faim.
Je comprends le parti-pris des auteurs de faire un récit qui va à 100 à l'heure sans aucune respiration. Belle Greene est une femme qui ne s'arrête jamais, cela fait donc sens. Mais j'ai eu en permanence le sentiment de survoler le sujet. J'ai eu le sentiment que le récit méritait infiniment plus de place. Ou alors il fallait se concentrer sur une partie de sa vie uniquement pour pouvoir le développer.
Enfin, c'est encore une fois très personnel, mais qu'est ce que j'ai trouvé ça lisse et politiquement correct. Certes, les enjeux raciaux sont posés au début et à la fin de l'ouvrage. Mais sinon on ne le ressent jamais. Tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Même les comportements les plus odieux de personnage rustre sont traités avec légèreté sous un angle complaisant.
Je trouve (encore une fois, c'est un point de vue personnel) que le sujet de société abordé, à savoir le racisme dans l’Amérique fin du 19iéme/début 20iéme est bien trop lourd, et raisonne bien trop avec notre époque pour être traité avec légèreté. Le personnage de Belle Greene ne me dérange pas, au contraire. Mais son environnement est bien trop Lisse ! Certes, elle a un destin incroyable, mais elle l'obtient dans le pays des Bisounours. C'est presque trop facile, tout le monde est adorable avec elle. Le même personnage dans un environnement plus marqué par les enjeux de l'époque et son ascendance en serait ressorti encore plus fort.
Le dossier en fin d'album contextualise assez bien l'époque dans laquelle se déroule le récit. Mais je l'ai trop peu ressenti dans l'album lui-même.
Bref, je suis trop long. Et mon avis va sans doute paraître trop dur pour un album qui, je le redis est un bon récit.
Lisez le !
