Yop,
je cherche un dessinateur pour de la BD plutôt glauque/noire/engagée.
Un exemple, tiré d'un travail réalisé pour un dessinateur (BD format franco-belge, anticipation sociale) :
Séquence 1 : « Cuits, cuits, cuits », font les petits oiseaux
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Case 1 : un employé la quarantaine voûté chemise cravate sur son clavier, clope au bec, tasse de café, mal rasé, crevé. Vu à travers la fenêtre de son bureau. Bureau jaune pisseux. Encadré fond violet, écriture tremblante [note dessinateur (ND) : ce code couleur est associé au narrateur/Pierrot le Fou, voir p.2] : le corps humain est une marchandise comme les autres...
Case 2 : vue plus large. La même fenêtre, plus une nouvelle de chaque côté. La même scène sinistre à l'identique avec un vieux à gauche presque une momie, plus voûté et un jeune à droite, se tenant plus droit, moins usé par le travail. Encadré : ...une matière première périssable, renouvelable à l'infini...
Case 3 : la vue monte. On voit l'étage du dessus et un petit morceau en dessous de l'étage précédent. Trois fenêtres, de gauche à droite: un employé se fait engueuler par son boss, un autre pète un câble et défonce son téléphone, un couple baise sur une photocopieuse. Encadré : ...pour ton employeur qui t'exploite jusqu'au trognon / pour ton ex-femme qui te saigne comme un goret / pour ton salaud de collègue dragueur qui te confonds avec un réservoir à foutre. De la force de travail, de la chair fraîche...
Case 4 : le bureau d'un PDG occupé à jouer au virtua-golf devant une secrétaire bombasse qui attend impassible.
Case 5 : case emboîtée dans la 4 : zoom/photo sur le bureau : portrait de famille avec trois enfants, de charmantes têtes blondes souriantes. Encadré : ...pour tes enfants que tu ne voies jamais, pour ta famille qui n'est qu'une photo sur ton bureau, tu n'es qu'un salaire, une fiche de paie sur pattes, une carte de crédit avec des oreilles pour entendre et une bouche pour dire « oui »...
Case 6 : un homme sur le toit de l'immeuble, vu de dos. A perte de vue : une ville tentaculaire parcourue de tuyaux d'acier rivetés, comme d'énormes veines palpitantes. Une ville construite sur une multitude de niveaux, aussi haute que large, une ville construite véritablement dans les 3 dimensions. La silhouette du narrateur en imper est découpée dans l'amas de nuages gris du ciel pollué au-delà de l'imaginable, d'où filtre de la lumière. Encadré : est-ce l'aube ou le crépuscule ? Qui peut le dire ? Cette ville ne dort jamais. La nuit n'est qu'un produit mercatique dérivé du jour. La pollution arrête les ultra-violets presque aussi bien que la couche d'ozone.
Case 7 : vue de face. Il s'agit d'un clown à collerette, gothique punk, les membres maires avec un gros ventre glabre de somalien, des yeux énormes et jaunes, presque pareils à ceux d'un chat, des cernes énormes et noires, laid à faire peur (lui faire le visage de Pierre Desproges). Crâne tondu au centre, cheveux orange d'un côté, violet de l'autre. Il porte un porte-jarretelle et des bas résilles, une canne négligemment accroché à son bras (s'inspirer des costumes de scène de Marilyn Manson sur la tournée Antichrist Superstar). Il se penche au-dessus du vide Encadré : nos vies ne sont que de gigantesques factures de biens consommées. Où que nous regardions, nous sommes cernés par les conséquences de nos actes. La liberté, nous ne savons qu'en foutre. Des enfants pourris gâtés, malheureux. C’est ce que nous sommes.
Case 8 et 9 : de part et d'autre de la case 7, incrustées, deux cases zoom sur les poignets : ouverts, du sang qui coule, bleu.
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Case 1 : le narrateur mystérieux ferme les yeux. On croit qu'il va sauter Encadré : nous naissons vieux de ce que les générations passées nous ont appris. Nous naissons fatigués de ce qu'elles ont accompli. Nous n'aspirons qu'au repos.
Case 2 : effet sonore/verre brisé. Une personne se jette dans le vide (personnage aperçu dans les premières cases : la femme baisée sur le photocopieur, fesses nues).
Case 3 : une autre personne se jette, le PDG lui-même, avec son club de golf.
Case 4 : des personnes se jettent de toutes les fenêtres de l’immeuble, dans une pluie de fragments de verre comme des larmes de cristal.
Case 5 : vue par en dessous de ce suicide collectif. Point de vue en contreplongée des passants qui se prennent les suicidaires kamikazes sur le coin de la gueule.
Case 6 : une personne importante, entourée d'un service d'ordre et de garde du corps meurt écrasée sous le poids d’une suicidée. Le résultat ressemble à un Picasso sanguinolent et obscène. Une femme s’est empalée sur sa tête, au niveau du vagin (headfuck post-mortem). Kamasutra de mort.
Case 7 : vue en contreplongée, zoom. Sur le toit de l’immeuble, le narrateur mystérieux prend des photos grâce à un vieil appareil photo argentique, en demeurant impassible. [Pour le dessinateur : ce narrateur mystérieux est un personnage récurrent, tueur en série à ses heures : Pierrot le Fou. Il doit paraître intriguant au lecteur, dérangeant dans son character design].
Case 8 : le sang bleu du narrateur coule le long de ses poignets, puis coule le long de câbles invisibles (transparents), révélant ainsi leur présence.
Case 9 : ces câbles invisibles (parcourus d’arcs électriques) rejoignent le câblage de l’immeuble, sauvagement éventré, arraché depuis un boîtier électrique qui a été forcé avec une sauvagerie inouïe.
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