Même si c'est la nuit, je commence à voir le jour et à sortir la tête du boulot dans les prochains jours.
Je poste donc ma petite note sur La vérité.
La vérité de H.G.Clouzot (1960)
Je n'étais pas très enthousiaste à l'idée de voir ce film, en effet, j'ai peu le goût des films de procès où la majorité des scènes se déroulent dans un tribunal. Le début du film avec une Brigitte Bardot en femme libre avec sa moue boudeuse ne m'attirait pas beaucoup plus.Il m'a fallu donc faire abstraction de Bardot, l'actrice sex-symbol, la personne publique qui colle à son personnage de femme légère et sensuelle.
Je retiens qu'au fur et à mesure du film, sa gaieté disparaît, la passion la dévore et la croqueuse d'hommes volage devient sombre, dans le box du prétoire ou dans sa cellule. Le film daté de 1960, est une peinture de la société de l'époque, avec ses contrastes. Une jeunesse frivole cherche à s'amuser, une autre à faire carrière (Sami Frey, Marie José Nat) dans un monde encore très rigoriste, les discours moralisateurs du juge (Louis Seigner)
nous rappellent que cette époque considère durement les filles libérées, libres de leur corps et de leurs sentiments.
Les mots du président du tribunal sont d'une moralité sévère qui parait totalement dépassée aujourd'hui.
H.G Clouzot livre un film qui entremêle un parallèle entre un temps court (les journées d'audience au tribunal) et l'histoire d'une passion amoureuse qui se termine en tragédie.
L'histoire de la passion amoureuse, chaotique, erratique entre Bardot et S.Frey et la joute oratoire millimétrée et calculée entre le procureur et l'avocat.
On retrouve en arrière plan, la vie d'une jeune fille et sa soeur montées à Paris à la fin des années 50 et la vie nocturne des cafés et clubs parisiens avec une distribution de seconds rôles alléchante (Jacques Perrin, Claude Berri, Marie José Nat pour ne citer qu'eux) et le film fourmille de seconds rôles des années 50, que ce soit au tribunal, dans la rue ou dans la bande de jeunes.
Pour l'histoire, le film s'inspire d'une affaire réelle, celle de Pauline Dubuisson, qui après son procès et sa peine terminée a été replongée à cause du le film dans son passé mortifère et a fini par se suicider. D'aucun ont accusé Clouzot d'avoir été cause indirecte de sa mort.
Techniquement, le film est maitrisé, Clouzot arrivant à faire passer sans ennui les scènes d'affrontement verbaux entre Vanel et Meurisse, tous deux à leur place dans le prétoire.
L'ironie n'est pas absente, et le tribunal, sorte arène ou cirque où chacun joue sa partition, sort ses effets, joue les émotions est une sorte de mise en abyme théâtrale dans un spectacle et tout ceci n’apparaît que comme une comédie sinistre qui se termine par extinction de l'action publique.
Les répliques sont parfois cinglantes et le final désabusé, lorsque les deux jouteurs de congratulent en se disant que prochainement, leurs rôles seront inversés. Mascarde judicaire pourrait-on
ajouter. La vérité, quelle vérité ? Le thème central du film reste bien la vérité, ou les vérités, celle de Dominique, celle de Gilbert qui se projette dans un monde réglé comme du papier à musique, sa carrière, son mariage, et la fantasque, sensuelle Dominique, à l'opposée
de sa soeur (délicieuse mais effacée Marie-José Nat dans son rôle de jeune fille rangée). La vérité, celle de Dominique Marceau, dans son for intérieur, qui va s'assagir pour rester près de son amant, celle de Gilbert Tellier qui ne peut plus témoigner, mais dont le rôle de gentil garçon n'est pas si innocent qu'il veut le faire paraître, celle étalée au tribunal,
Y a-t-il même une vérité si ce ne sont des faits que chacun interprètent selon ses convictions, à partir de quelques pièces et témoignages.
Comment un couple aussi disparate peut-il durer ? Pourtant, à un certain moment, la passion semble dévorer Dominique .
Au moment où elle semble vaincue, il s'en détache mais persiste à vouloir la garder sous bride.
Le spectateur est le seul à assister aux scènes cruciales, aux disputes, aux mensonges, aux tromperies et tel un voyeur insatiable et forcé doit se forger sa propre opinion entre ce qu'il voit, ce que les instances judiciaires et les enquêteurs exhibent.
Il juge aussi la difficulté de découvrir la vérité.
Je termine le film plus convaincu qu'au départ.
Ma note 13/20
Clouzot au faux air de Lecornu (ah ah ) a la réputation, vérifié d'après les témoignages d'être un bourreau pour ses acteurs et de les maltraiter.
Certaines scènes sont quand même bien réalisées, comme la réconcilation factice avec la nuit d'amour, avant son accident d'autobus.
Dans la filmographie de Clouzot, il y a une ébauche de film assez étonnante où il se met en scène. (aucun rapport avec le film La Vérité) je vous mets le lien de la partie sauvée.
https://www.cinematheque.fr/henri/film/ ... uzot-1950/