Je viens de lire l'intégrale. Dans l'ensemble, j'ai beauoup aimé, même si les trois histoires ne se valent pas (Biélo>Tamo>Kino). On y suit donc Aleksis Strogonov, d'abord soldat de l'armée rouge lors de la guerre civile qui suit la révolution de l'armée blanche puis en vadrouille dans l'Allemagne pré-nazie des années 20 et dans un pays imaginaire des Balkans. Les trois albums montrent des choses assez dures (en particulier le premier) avec de nombreux meurtres et des viols.
Biélo est donc le plus intéressant des trois à mon avis : il a le mérite de nous présenter le personnage, même si on ne sait pas grand chose de lui (mais on le voit avec son frère) et de nous le montrer réagir face à de nombreux personnages des différents camps, souvent sans pouvoir faire grand chose mais en ssayant quand même de défendre ceux qui en ont besoin. Ce n'est pas facile face à des personnages qui, quel que soit leur camp, se mettent à abuser de leur pouvoir dès qu'ils en ont. Le comparaison avec le Tintin au pays des soviets est inévitable et elle n'est clairement pas à l'avantage d'Hergé . Les personnages de Bravo, y compris les plus détestables comme Boulkine et Mikhaïlovitch, sont bien plus réussis et font bien plus flipper que les carricatures de blocheviks au couteau entre les dents d'Hergé ; et ceux qui sont victimes de leurs agissements (ou de ceux des blancs) attirent plus la compassion que des orphelins-clichés parce que Bravo sait leur donner une épaisseur.
En omparaison, j'ai trouvé Kino plus faible : les méchantes chemises prunes ne sont au final que des bras cassés et n'arrivent pas à effrayer comme pouvait le faire Poulkine. Ca tient aussi au fait que, contrairement à la comtesse dans l'histoire précédente, je n'ai pas non plus trouvé les personnages alliés du héros, Dieter et Pétula, très intéressant. Restent un humour toujours efficace (le début avec le parieur agressif) et le contexte du cinéma allemand qui constituent le point fort de l'album.
Enfin, Kino est entre les deux - mais nettement plus proche de Biélo. J'ai aimé la façon dont sont décrits tous ces personnages fanatiques qui s'entretuent et sont incapables de négocier ou même de parler (et je ne pense pas qu'à la muette

) ou qui passent leur temps à se méfier les uns des augtres et à comploter, avec une très bonne révélation finale. En contrepartie, la relation entre Aleksis et la petite Mirna est particulièrement jolie et touchante. Ceci dit, avec sa mère, ça n'est pas gagné pour que Mirna garde son caractère.
Comme d'habitude avec les albums d'Emile Bravo, c'est donc une très bonne lecture. Dommage quand même qu'il n'y ait aucun contenu éditorial pour cette intégrale. J'aurais aimé en savoir plus sur les conditions de réalisation de ces trois bandes dessinées. Et le contexte historique des 3 BDs (surtout des deux premières) est quand même assez pointu et aurait nécessité des explications pour ceux qui ne connaissant pas les détails de cette période.