À Los Angeles, dans un futur proche, une jeunesse dorée, blasée par la monotonie d’une société artificielle, recherche son plaisir dans la drogue, dans l’alcool, et dans un jeu high-tech révolutionnaire permettant de prendre les commandes du corps d’un autre : le voyage spirituel. Pendant ce temps, les parents, cadres supérieurs d’une toute-puissante multinationale aux sombres desseins, façonnent l’avenir de ce monde dominé par quelques privilégiés.
Première partie d'un nouveau diptyque signé Damien Marie et Sébastien Goethals, Contre-jour propose une vision plus large des événements vécus lors du premier cycle de cet univers. Ceci est mon sang est donc plus un complément à l’histoire de Ceci est mon corps, qu’une véritable suite. Le cycle précédent posait les bases de ce système capitaliste parti à la dérive, expliquait le fonctionnement de ces voyages malsains qui permettent de louer le corps d’un pauvre afin d’en prendre possession pendant quelques heures, et proposait ensuite une course-poursuite haletante au coeur de ghettos offrant une réserve illimitée d’hôtes à ce jeu immoral.
S’appuyant sur son arc précédent, Damien Marie écourte la mise en place et éclaire les nombreuses zones d’ombre de son cyber-thriller d’anticipation. Le lecteur en apprend ainsi davantage sur les véritables intentions de la NEED, ce consortium qui, apparemment, ne se contente pas de développer des jeux visant à occuper des gosses de riches, avides de sensations fortes. En suivant une trame similaire et en faisant appel aux mêmes personnages, au sein d’un univers futuriste identique, le récit perd certes son effet de surprise. Le fait d’entremêler les deux cycles lors de quelques scènes communes, permet cependant à l’auteur de proposer un nouvel angle intéressant. Suivant l'exemple de séries telles que Berceuse Assassine ou Quintett, il parvient ainsi à étoffer son scénario, tout en évitant de tomber dans le piège de la redondance tendu par cette approche parallèle d’un même récit.
Coincé entre le décor luxueux et lisse de cet univers bourgeois et l’atmosphère sombre et répugnante de ses excès, Sébastien Goethals opte pour un dessin classique et sans fioritures. Si la colorisation colle bien à l’opulence de ces citadins futuristes, le graphisme éprouve toutefois plus de mal à saisir toute la noirceur du scénario.
Proposant des faits similaires sous un angle narratif différent, ce second volet de l’univers Need peut se lire indépendamment du précédent, même si l’entrecroisement habile des deux trames constitue l’un de ses attraits.
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