L
e troisième et dernier tome de la "Trilogie des petites amies" de Jeffrey Brown porte un titre peu évocateur : aieou. Comprenez : "Any Easy Intimity Of Us" (fragments de notre intimité » pour les non anglophiles). Car c’est bien de cela qu’il s’agit, des moments aussi futiles qu’insignifiants, mais qui, juxtaposés, façonnent les fondations d’une relation amoureuse. Un concept mené de main de maître par le jeune auteur américain dans Unlikely, mais surtout dans Clumsy qui propose également une histoire entièrement déstructurée. Une spontanéité retrouvée aussi dans le dessin en noir et blanc, jeté, minimaliste, qui donne toute sa force au propos.
Dans aeiou, Jeffrey Brown renouvelle l’expérience en simplifiant, si cela était encore possible, son style narratif. Le gaufrier fait place à des pages contenant deux cases voire, parfois, une seule. Le jeu des détails est ici tronqué, ce qui allége le récit, mais le rend du même coup moins dense, moins efficace. Elle se prénomme cette fois Sophia et traîne derrière elle un lourd passé qui l’empêche de se réaliser complètement dans une relation de couple. Quant à Jeff, sa possessivité, sa jalousie ainsi que sa difficile acceptation des défauts de l’autre, mettent à mal l’équilibre fragile qu’il tente d’établir avec sa petite amie. Contrairement aux deux tomes précédents, il semble toutefois prendre le dessus, moins subir les aléas et les difficultés de la vie à deux. Surtout, il reste maître de ses sentiments, quitte à paraître plus froid, moins sensible.
aeiou prouve, une fois encore, le talent de Jeffrey Brown pour dépeindre avec justesse les sentiments amoureux. Cependant, ce troisième tome, malgré un exercice de style audacieux, demeure en deçà des deux opus précédents.
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