D
ans une grande ville japonaise, face à la solitude et aux déceptions engendrées par l’amour, quatre jeunes femmes errent à la recherche d’un secours. Tôko, illustratrice, vit recluse dans son appartement et se fait vomir depuis que son petit ami l’a quittée. Sa colocataire au physique avenant, Chihiro tombe amoureuse et aspire au mariage tout en cachant son besoin de retourner à la campagne d’où elle vient. Riko rêve d’être amoureuse et tente de se contenter de sa routine quotidienne. Enfin, Akiyo tente de conquérir son ami Kikuchi et gagne sa vie en vendant son corps.
Blue et Everyday avaient révélé le talent de Kiriko Nanana pour écrire des histoires à fleur de peau. Strawberry Shortcakes ne dément pas cette maîtrise des subtilités de l’âme féminine. Cette fois encore, l’auteure affirme son talent pour toucher au plus près ce qui fait vibrer les coeurs.
Le traitement des récits est assez original puisque, plutôt que de suivre l’histoire de Tôko puis celles de Chihiro, de Riko et d’Akiyo, le lecteur découvre un fragment de chacune à la fois, respire, et reprend. Certains pourraient regretter ce manque de linéarité, cependant il renforce plutôt l’impression d’une correspondance, une résonance entre les vies de ces quatre femmes, entre leurs sentiments et leurs déceptions. Ce n’est pas une âme féminine qui souffre puis une deuxième, mais bien quatre qui crient leur douleur et leur solitude en même temps. Que Tôko et Chihiro soient colocataires confère une dimension particulière. Elles croient chacune que l’autre est plus heureuse et se rendent finalement compte qu’elles partagent une douleur similaire. Par ailleurs, l’absence de véritable dénouement frustre dans un premier temps. Puis la voie ouverte sur laquelle s’arrête chaque récit apparaît comme la possibilité des quatre personnages de connaître un nouveau départ.
Epuré, aérien, le dessin de Nananan s’attarde sur des visages, des mains, des regards fuyants ou au bord des larmes, des attitudes. Les planches équilibrées du début cèdent peu à peu la place à des cases presque vide, toute en longueur ou en hauteur. Ce dépouillement, loin de gêner évoque mieux encore que les mots la solitude et renforce le côté intimiste du graphisme. En revanche, les tâches noires persistantes entre la bouche et le menton des personnages attirent l’œil et finissent par agacer par leur omniprésence peu élégante. Dommage.
Poignant, Strawberry Shortcakes ne manque pas de toucher bien qu'en le refermant on ressente un goût de trop peu.
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