« Il a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers… », du moins, c’est ce que rapporte le Symbole des Apôtres.
Mais où était Jésus entre le Vendredi saint et le dimanche de Pâques ? La question est théologiquement intéressante, d’autant qu’aucun témoin n’était présent pour en relater les faits. Difficile, donc, de s’appuyer sur autre chose que des spéculations ! Aurait-il profité du huis clos de son caveau pour se rendre en enfer, plus exactement, aux Enfers ? Mais pour quoi faire ? C’est à cette question que Thierry Robin essaye de répondre.
Pas besoin d’avoir fait le petit séminaire pour suivre le dessinateur de La Mort de Staline dans cette exégèse souterraine, qui descend de shéol en géhenne. Quelques souvenirs de catéchisme seront toutefois bienvenus pour saisir toutes les subtilités d’un scénario qui revisite aussi bien les figures de l’Ancien Testament que celles du Nouveau, tout en s’autorisant quelques digressions profanes. Inutile donc de fréquenter laudes ou complies pour comprendre que cet album, qui n’a de religieux que son sujet, est une véritable réussite. C’est là toute la maestria de Thierry Robin : savoir s’adresser aussi bien à ceux qui croient (au ciel) qu’à ceux qui n’y croient pas, en leur proposant un récit neutre de ton et d’esprit sur ce que pourrait avoir été cette promenade patriarcale dans le sein d’Abraham et les profondeurs du séjour des morts. S’il est ajouté à cela un récit justement découpé et structuré, agrémenté d’un graphisme porté par un trait expressif qui allie simplicité et richesse, Jésus aux enfers est un album qui prend de la distance avec son sujet pour en tirer une fiction exempte de toute religiosité.
Dans un contexte où le sectarisme tend à remplacer la foi, le dernier ouvrage de Thierry Robin offre un regard à la fois respectueux et créatif sur cet épisode mystérieusement oublié de la Bible.
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