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ournaliste, Églantine Morvan est chargée d'investiguer sur une affaire qui secoue la sphère horticole : le groupe Derland, géant de la pépinière, aurait usurpé le brevet d'une plante créée par les Plansueur, de petits producteurs indépendants. Consciente de ses minces connaissances dans le domaine, la jeune femme trouve en Violette Vé, une artiste rencontrée à l'Association des semeurs arracheurs, une initiatrice aux arcanes de cet univers. Ses entretiens avec les différentes parties impliquées vont lui permettre de mieux saisir les enjeux de cette industrie.
L’arrivée de Comme une fleur dans les librairies tombe à point pour célébrer le retour du printemps, des jardinières garnies sur les balcons et des massifs colorés dans les jardins. D’ailleurs, dès la couverture, le bédéphile est happé par un gai mélange de teintes vives ; à l’intérieur, les pages se révèlent, elles aussi, vitaminées. Il apparaît bien vite qu’Amélie Patin prend plaisir à dessiner toutes ces plantes gorgées de sève jusqu’au bout des pétales. Ainsi, des floraisons luxuriantes envahissent les planches, fascinant autant l’héroïne que les lecteurs. Cruciformes, étoilées, tubulaires, rosettes, en cloche, pompon ou sabot, elles s’imposent et supplantent les personnages. Sous le trait semi-réaliste de l'illustratrice, ceux-ci se montrent certes expressifs, mais restent finalement un peu passe-partout.
Côté scénario, l’enquête apparaît rapidement comme un simple prétexte pour discourir sur la botanique. Au risque de décevoir, aucun véritable rebondissement ne vient ajouter de piment à ce pan de l’intrigue ; même le dénouement du procès opposant les Plansueurs au groupe Derland tombe à plat. Cependant, le récit aborde la lutte disproportionnée entre petits et gros producteurs, indépendants et multinationales, l’espionnage industriel, la production, la multiplication et la commercialisation des semences. La dimension écologique n’est pas oubliée et se retrouve, entre autres, dans les échanges avec le fils Derland. En outre, il est question de la naissance d’une amitié – entre Églantine et Violette dont les prénoms correspondent bien aux caractères respectifs -, ainsi que du pouvoir apaisant de l’horticulture. Cet aspect thérapeutique intervient en particulier comme moyen de surmonter un deuil. Enfin, les fleurs étant les stars ici, l’histoire prend surtout l’allure d’un documentaire détaillant leurs modes de reproduction, les propriétés de certaines d’entre elles ou leurs divers emplois, notamment culinaires. Les dialogues regorgent de ces informations, de même que les pages intercalées présentant une centaine de plantes, de l’abutilon au Zygocactus, en passant par la capucine, le dahlia, le lys, le rosier ou encore l’aristoloche, le muflier ou le plumbago.
Malgré un substrat léger, Comme une fleur s’épanouit grâce aux nutriments apportés par un dessin passionné et une somme de connaissances globalement bien intégrée. Une BD susceptible de plaire aux jardinier·e·s amateurs·trices comme averti·e·s ou simplement aux personnes curieuses d’en apprendre davantage sur ces bulbes, rhizomes et autres plants fleurissants.
C'est beau,très coloré, très intructif (quasiment un manuel de botanique pour reconnaître les plantes) mais le scénario est bizarrement articulé.