L
a maison des Ogres-Dieux est tombée, le Chambellan touche enfin au pouvoir. Pourtant, sa victoire n’est pas totale. Petit est vivant ! Il s’est échappé des flammes du château et se cache quelque part dans la contrée. Il représente le dernier maillon de l’ancien régime et il doit disparaître. Maître Sol est chargé de cette mission de la plus haute importance. Les dernières rumeurs racontent que le bâtard aurait été recueilli par Lours, un chef rebelle. Que la traque commence !
Suite directe de Petit, Le grand homme explore un autre pan du monde créé par Hubert. Loin de la ville et de sa forteresse, le scénario plonge le lecteur dans une course poursuite impitoyable à travers une nature sauvage pas moins fatale que les couloirs du palais. Menant la révolte, Lours a un plan et Petit est sa carte maîtresse pour imposer son nouvel ordre. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et les sbires du Chambellan se rapprochent dangereusement. Forcé de changer de stratégie, il va devoir affronter une partie de son passé pour vaincre ; l’heure des comptes risque d’être mortelle.
Simple et carrée, l’intrigue de l’album est ancrée dans l’immédiat et la survie. Résultat, c’est l’action qui prend le dessus. La lecture est néanmoins des plus agréables grâce à l’excellent travail graphique de Bertrand Gatignol. Alors que l’aventure se déplace dans les montagnes et d’angoissantes forêts profondes à la triste réputation, BD franco-belge et manga continuent à se compléter mutuellement au fil des planches. La « rencontre » entre Katsuhiro Otomo et Jean-Michel Charlier à l’occasion d’une péripétie classique autour d’un torrent infranchissable fonctionne parfaitement, qui l’eut crû ? De plus, toujours fidèle au style de la série, le scénariste a ponctué cette chasse à l’homme par le récit des origines de Lours sous la forme de textes admirablement illustrés.
Malgré un propos plus convenu que celui des tomes précédents, Le grand homme conserve une bonne partie de l’originalité de cette œuvre atypique et ambitieuse.
"Les Ogres-dieux" est introduit de manière forte avec un premier tome qui appréhende l'univers des Ogres au-delà des espérances, la suite avec le T2 et T3 sera plus classique et convenu.
Dans un premier temps, les livres physiques ont un joli format en plus des couvertures particulièrement soignées en nuance de gris et dorée. On retrouve des récits entrecroisés dans une même temporalité pour les 2 premiers tomes où l’on suit les aventures selon différents points de vue en fonction du personnage mis en avant. L'imagination de ce monde est débordante, l’écriture est très réussie. Ainsi la bande dessinée est ponctuée par des pages de textes pleins qui présentent différents personnages ayant marqués le passé et le présent du royaume des "Ogres-Dieux". Cela permet de faire une parenthèse avec le récit et les illustrations, et d'expliquer un peu plus le contexte de cet univers. On sent que tout le récit a été très bien pensé et soigné pour rendre la lecture plaisante et surprenante à chaque chapitre.
Le dessin de Gatignol fait largement partie de la réussite de cette série, une atmosphère dramatique résonne par ce jeu de noir et blanc, mais surtout le dessin se plait à jouer avec les tailles des personnages - les Ogres de tailles variables sont parfois immenses et les humains toujours très petits. La grandeur et l'agencement des cases jouent beaucoup sur l'impression générale et les émotions qui en ressortent, notamment dans le T1 qui reste selon moi le plus magistral. Un esprit manga ressort du dessin, dans le trait des personnages, notamment avec Petit, parfois aussi dans les paysages et l'ambiance générale. Le grand format permet de souligner les moments intenses en émotions avec des plans rapprochés sur page complète. Également la réflexion autour de ces Ogres qui mangent les humains, rappelle également la ligne fragile entre l'homme et l'animal, en plus des histoires de consanguinité, de barbaries, d’accouchement meurtrier qui oriente le propos vers un récit adulte, l'imagination des auteurs ne manque pas pour nous présenter ces géants, créatures de légende.
Chaque tome révèle son lot de surprises avec toujours de belles chutes, bien agencées. En revanche, le T3 sort quelque peu du lot et présente des longueurs. Un rythme plus soutenu en texte et en sous-chapitres qui ralentit une partie du rythme de l’intrigue. Là où le rythme semblait fonctionner dans le premier et le second tome de la série, il apparaît plus saccadé dans le T3 avec de nombreuses interruptions et une impression que le récit n'avance pas. De même que le récit ne s'achève pas vraiment à la fin du T3. Une série étrange, où les personnages se croisent, mais le récit ne converge pas exactement vers un même point d'entente, c’est selon moi le seul bémol à la fin de la lecture du T3.
"Petit" était extraordinaire, "Demi-Sang" était honorable, "Le Grand homme" m'a réellement déçu à la première lecture: Qu'est ce que je m'en tape de Lours et de ses histoires de coeur ! Où sont les géants ? C'est toujours superbement dessiné, bien écrit, solidement scénarisé mais c'est le plus faible de la série.
J’ai découvert la série des Ogres-dieux à la sortie du second opus, Demi-sang et avais proposé un billet commun sur ces deux premiers tomes, vers lequel je vous renvoie pour l’explication du projet et de sa forme matérielle… importante.
La dynastie des géants est tombée, leur immense château s’est effondré dans les flammes. Le monde s’écroule avec ce qui structurait toute la société dans la peur et la Loi. Alors que l’anarchie gronde, un mystérieux chasseur sauve l’héritier putatif, Petit, qui attire toutes les ambitions des humains libérés du joug des tyrans. La chasse ne fait que commencer où nous sera narrée la Geste du Grand-Homme, ce descendant des peuples anciens…
Si vous n’avez pas entendu parler de cette série à sa sortie vous en avez forcément eu des échos lors du décès récent du scénariste Hubert. A l’heure actuelle, si un quatrième tome (et plus…) était prévu, la réalisation à quatre mains avec Bertrand Gatignol n’interdit pas la continuation de la série, bien que l’aspect très réflexif et parfois personnel de la saga interroge sur la pertinence de publier un album à titre posthume.
Pour revenir à l’ouvrage proprement dit, j’ai été surpris à sa lecture par l’aspect déconnecté, tant dans le récit, le décors, que la chronologie. Si le second tome était si particulier c’était par-ce qu’il s’entrecroisait totalement avec la temporalité principale du premier ouvrage. L’ADN des Ogres-dieux est bien sur de proposer de gros one-shot autonomes entrecoupés de longs textes narratifs et légendaires et sur ce plan Le grand-homme coche les cases (en faisant toujours aussi bel effet à côté de ses petits frères dans l’étagère à BD!). Pourtant l’idée d’en faire une vraie suite directe du tome deux crée une attente qui peine à être comblée. D’autant que l’histoire reste partiellement centrée sur le personnage de Petit qui est au-début la cible du Chambellan et de l’attention du lecteur avant de se diluer dans l’histoire de Lours. Très grande réussite que ce dernier personnage dont l’histoire révélée progressivement par les textes suffit à maintenir le lecteur à flot… alors que le rattachement aux Ogres et au Chambellan (et donc à la saga) se délite lentement à mesure que l’on constate la passivité de Petit. C’est ainsi le principal problème de cette suite qui n’en est pas une que de lier par les personnages et la temporalité cet ouvrage aux autres alors qu’il aurait sans doute été bien plus efficace de le couper sérieusement en oubliant cette fausse chasse qui n’intéresse personne.[...]
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L'une des meilleures bandes dessinées qu'il m'ait été donné de lire. La première partie est passionnante et la seconde tout simplement haletante, oppressante, inoubliable. Un tome 3 qui installe définitivement cette épopée comme une série majeure parmi les actuelles, et peut-être même dans la Bande Dessinée tout court si la suite se révèle du même acabit que ce chef-d'œuvre.
Les deux premiers tomes des "Ogres-Dieux", plutôt originaux, se laissaient lire. Mais ce "Grand homme" n’a plus rien à voir avec l’univers qui donnait à la série son seul intérêt. Il n’y a plus d’ogres, plus d’architectures, plus de complots… Juste une banale aventure de fantasy. Le scenario n’est centré que sur un seul mais solide personnage, nommé Lours, dont le parcours est longuement développé dans les intermèdes écrits qui ponctuent le récit. Il est le vrai héros de cette histoire car Petit, qui n’avait déjà aucun charisme auparavant, est toujours aussi insipide.
Le graphisme reste intéressant mais ne surprend plus et a perdu de sa superbe en sortant des palais des Ogres. Une série qui selon moi n’aura pas su se maintenir au niveau qu’ambitionnaient ses auteurs ; la barre était trop haute et le filon semble tari.
Je suis surpris d'être le premier à chroniquer ce tome 3 d'une série marquante, et qui vaut vraiment le détour. L'histoire d'humains souvent ambitieux sous la houlette d'ogres déifiés, impitoyables et cruels.
Commençons par le dessin, tout en noir et blanc, que je continue à trouver sublime, notamment l'expressivité des regards et des expressions. Dans ce tome, Gatignol nous régale aussi avec des paysages hostiles, touffus, et démontre un autre aspect de son talent. Magnifique.
Le scénario, s'il est un chouïa plus classique que les précédents (et sans l'effet "nouveauté"), est parfaitement maitrisé, et servi par un découpage vif et des dialogues bien construits.
Bref, cela reste très bien. Si vous avez aimé les deux premiers tomes, vous pouvez y aller les yeux fermés. Si vous ne connaissez pas le Cycle des ogres-Dieux, précipitez-vous, vous ne serez pas déçu(e).
4/5 A lire absolument