Nemesis est une série qui aura connu un parcours éditorial pour le moins chamboulé. Paru d’abord aux défuntes éditions Le Téméraire, elle a été reprise par Soleil pour finalement proposer aux lecteurs un premier cycle de trois tomes et un deuxième en deux volumes. Et c’est là que ça se complique, car un premier tome 6 paraît ensuite, dessiné par Cifuentes et semblant ouvrir la voie à de nouvelles aventures. La série est ensuite laissée de côté avant que le dessinateur d’origine, Janolle, retrouve Ange au scénario pour faire une sorte de reboot. Résultat des courses, ce nouveau tome 6 remplace le précédent et fait place nette pour permettre un redémarrage « propre ».
Si le déroulement est hasardeux et la démarche inhabituelle, la manœuvre est assez réussie. Celles et ceux qui n’ont jamais lu le premier tome 6 se verront offrir une histoire continue et cohérente. Les autres n’auront qu’à faire comme si de rien n’était. Toujours est-il qu’on retrouve ici avec un certain plaisir les personnages de la saga et un univers policier parfaitement crédible. Le tour de force consiste peut-être à proposer une ambiance noire et oppressante tout en recourant à une mise en couleurs fort « flashy ». Il faut dire que c’était un peu la marque d’une série qui, tout en étant ancrée dans le réel et l’actuel, joue avec les possibilités offertes par le développement technologique. Au point de faire se balader des surhommes et autres êtres mécaniquement ou « fluidiquement » modifiés dans les rues. Ici, l’objectif des auteurs était de mettre de l’ordre et, d’une certaine manière, de se sortir d’une impasse. Plutôt qu’un subterfuge facile, Ange use du temps qui passe et offre une vision double du futur, comme deux potentialités qui s’opposent. L’audace de l'opération est à saluer, car elle permet d’entretenir le doute jusqu’à la fin.
Retour en force réussi pour une série à l’identité bien marquée.
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