C
haque chapitre de ce tome de Fatale raconte une histoire indépendante. Les auteurs proposent une exploration du passé de Joséphine, mais également d’autres femmes fatales. De la France moyenâgeuse à la Roumanie dévastée par la Seconde Guerre mondiale, en passant par les plaines sauvages du Mexique et du Colorado de la fin du dix-neuvième siècle, le cauchemar se répète et la lutte est permanente.
Cette promenade à travers les époques est l’occasion pour Ed Brubaker d’étoffer le background de son polar fantastique. En donnant au mystère de la femme fatale la dimension d'un combat ancestral, il offre de nouvelles perspectives à son récit et en épaissit l’atmosphère lovecraftienne. Le scénariste croise les destins, utilise des éléments des épisodes précédents et définit en peu de temps contexte et personnages, captivant le lectorat au passage. Il bénéficie pour cela d’un Sean Phillips au meilleur de sa forme. Dans un style réaliste dont il est coutumier, il s'appuie sur un encrage solide et une belle maîtrise du jeu d'ombres pour peindre une ambiance noire et faire ressentir la tension qui suinte de chaque planche depuis l'entame de la série. La colorisation de Dave Stewart et d'Elizabeth Breitweiser contribue pleinement à cette réussite.
Après des débuts un peu chaotiques, Fatale a trouvé sa vitesse de croisière et constitue une lecture fort plaisante, qui trouvera a priori son dénouement au cinquième volume.
La chronique du tome 1
La chronique du tome 2
Ce troisième tome de Fatale constitue davantage un hors-série, ou un tome de transition avant le début de la seconde saison, qu’une suite au T2 car, en effet, il s’agit d’un recueil de quatre histoires indépendantes les unes des autres. Ou presque, puisque le résumé nous assure qu’elles "s’entremêlent" (Fatale 2012, #11-14).
Des chevaliers aux nazis en passant par les cow-boys, du Texas à la Roumanie en passant par la France, ce volume balaye les époques et les destinations en nouant de très très minces liens entre elles. L’objectif (hormis de nous faire voir du pays) ? Montrer que Josephine, la femme "fatale" dont on suit les sanglantes aventures depuis le premier tome, est victime d’une malédiction qui prend sa source des siècles auparavant et que d’autres femmes l’ont précédée. Mais c’en est à se demander, à voir leur personnalité et leur physique à peu près semblables, s’il ne s’agit en réalité pas de la même femme tout du long...
Malheureusement, il n’y a rien de très original ni de très palpitant dans ces quatre histoires plus ou moins imbriquées – on pourrait même les trouver un brin clichées par moment – et, à défaut de faire progresser l’intrigue, elles ont le mérite de renforcer le background du personnage principal. Toujours scénarisées par Ed Brubaker, elles sont également toujours illustrées par Sean Phillips et, si l’on quitte temporairement le registre du polar pour celui du voyage, le dessin est encore fort bon.