L
oin de l’industrieuse Mombasa, loin des hauts plateaux, l’archipel kenyan de Lamu est un petit paradis, oublié du monde, pour ses modestes habitants et ses rares touristes. Beauté naturelle de son dédale de mangroves, attrait de son riche passé historique, la vieille ville est classée au patrimoine de l’Unesco. Mais bientôt, un bouleversement majeur va étouffer ce mode de vie : la construction d’un méga-port et d’un terminal pétrolier qui devrait multiplier par cent la population du lieu. La spéculation foncière à l’œuvre commence déjà à affecter les gens du cru. Les promoteurs fourbissent leurs dessous-de-table…
Pour préserver des pelleteuses la dépouille sacrée du héros mythique Liongo Fumo, le vieux mage Ali et le jeune Naïm empruntent le boutre d’un petit trafiquant. Laissant la barre aux bons soins des esprits, ces deux-là partent affronter l’Océan Indien sur leur maigre esquif. Confrontation plus hasardeuse encore, l’insondable capitaine Günter est aux prises avec ses ravisseurs – les désormais tristement célèbres Shebabs somaliens – cherchant à récupérer l’énigmatique cargaison que le vieux marin a dissimulée lors de son arraisonnement. Et pendant ce temps, à Lamu, pour Hassan, Jean-Phi et les autres, la vie continue...
Prolongeant brillamment les fils de son intrigue, Benjamin Flao fait évoluer en profondeur et en complexité ses personnages, non sans humour, parfois, avec beaucoup d’humanité, souvent. Mais par-delà le roman d’aventures, exotique et dépaysant, plus loin que le récit d’apprentissage, simple et touchant, se dévoile une réflexion sur l’irruption destructrice de la modernité dans les sociétés traditionnelles. Avec, à la manière d’un Comès puisant diableries et sortilèges dans le folklore ardennais pour épauler ses héros malmenés par la vie, l’intégration d’éléments fantastiques, de visions shamaniques, et cette idée que les esprits prennent soin de la Terre lorsque l’homme a failli.
Confirmation des talents de conteur de l'artiste, ce second tome de Kililana Song met aussi en valeur sa palette, qui explore une grande variété d’ambiances stylistiques et chromatiques. Si l’on retrouve avec plaisir la pittoresque Lamu, ses ruelles écrasées de chaleur, les voiles triangulaires des dhows sillonnant la lagune, la longue scène de tempête en mer permet à l’auteur de déployer une superbe gamme de bleus, de verts, de gris plombés… Toujours aquarellées d’un pinceau délicat, ces teintes alliées aux traits de plumes vifs et expressifs du dessinateur donnent à l’ensemble une manière de carnet de voyage qui contribue au dépaysement et à l’authenticité du propos.
La conclusion éclatante d’un diptyque remarquable, conciliant la naïveté charmante d’une chronique d’enfance et la justesse cruelle d’une chronique sociale.
Lire la chronique du tome 1 de Kililana Song
Suite et fin des aventures de Naïm et des habitants du quartier. Les intrigues individuelles se dénouent dans une atmosphère générale de changement d’epoque. Cette deuxième partie est peut-être un léger ton en dessous de la première, mais ne boudons pas notre plaisir...
Je profite d’une relecture pour (enfin) commenter cette si belle œuvre qu’est "Kililana Song". Le travail d’auteur de Benjamin Flao y est époustouflant. Des aquarelles qui enluminent les cases, un dessin libre, précis et nerveux croqué sur le vif, des personnages à la psychologie complexe et réaliste, des décors superbes…Tout nous immerge dans les dernières heures de paradis de l’archipel de Lamu au Kenya. Car la beauté des planches est telle qu’elle en ferait oublier l’histoire : le triste destin de cet authentique site naturel condamné par un infâme projet pétrolier.
Pourtant, au terme d’une épopée rocambolesque, effrayante et poétique, le jeune Naïm - inoubliable titi africain - finira malgré lui par contrarier ces plans, aidé par sa bande de gamins des rues, par un capitaine de navire atrabilaire, et… par l’esprit d’un très puissant Ancêtre !
Un conte magnifique, humaniste et profond. A lire absolument.
Une bande dessinée d’aventure africaine qui se déroule dans l'archipel de Lamu, au large du Kenya. Destins croisés d’un marin hollandais et trafiquant occasionnel, d’un enfant orphelin, coutumier de l'école buissonnière, et d’un vieillard solitaire, le scénario est vraiment bien construit et les dessins sont une pure merveille. Plaisir de la découverte de ce bijou. Nathalie
L'excellente surprise du tome 1 laisse place à une légère déception je l'avoue avec ce tome 2. Là où le tome 1 prenait son temps pour poser le contexte (les lieux, les personnages...) et je l'avais apprécié pour cela, je trouve que le tome va beaucoup trop vite en besogne.
Même si c'est toujours aussi beau visuellement, c'est la mise en scène qui n'est plus à la hauteur. Un 3ème tome n'aurait sans doute pas été de trop pour pouvoir mener à terme cette belle histoire sans aller trop vite.
Quelle surprise ! J'ai mis le temps pour le lire (je voulais faire les choses bien), et bien je n'ai pas été déçu.
Bon déjà graphiquement, c'est une vraie claque. Que c'est beau, mais que c'est beau ! De vrais tableaux, des pages à admirer durant de longs moments. Chaque détail, chaque couleur, sont soignés, dégagent quelques chose. C'est vraiment très très fort. Et pourtant, je suis pourtant bien du genre à faire attention aux graphismes qui font illusions et qui cachent un scénario souvent fragile.
Mais là, le scénario est tout sauf fragile. Chaque personnage possède un caractère bien construit, et apporte un plus à l'histoire. Chaque élément à sa place. Alors que j'ai été un peu dérouté par le premier tome. Il ne s'y passe pas grand chose, mis à part la vie "calme" de ce petit coin du monde. Mais dès qu'on attaque le second tome, tous les éléments distillés avec finesse tout au long du premier tome, se mettent en place, tout s'articule, dans un rythme plus que soutenu. Finalement, j'adore ces deux tomes ultra-complémentaires, et pourtant complètement opposés dans ce qu'ils racontent et dans leur rythme.
Il ne manque pas une seule page, tout se déroule de manière nickel avec un final qui clôt avec brio ce diptyque dont !
Bravo à l'auteur ! Je serais du prochain voyage ! :-D
Après avoir dressé efficacement le portrait des personnages, l'auteur peut leur faire vivre de vraies aventures dans ce second tome.
Ainsi, de voyages mystiques en luttes politiques, cet album très dense nous raconte les vies parallèles des personnages qui se partagent le territoire sans jamais se côtoyer ou se connaître.
Les colons font leur apparition, avec leur argent qui soudoie et qui ne profite pas à ceux qui en subissent les conséquences. Et les esprits des morts rodent, essayant vainement de protéger leur pré-carré contre la mainmise de ces nouveaux dieux destructeurs à la tête d'armées de tractopelles. Et les terroristes indépendantistes tentent de faire entendre leur voix avec des méthodes qui leur sont propres. Et les blancs désoeuvrés viennent chercher dans ce petit coin d'Afrique des évasions qui leur sont interdites dans leur pays d'origine.
Ce second tome est un véritable régal. Les dessins sont toujours plus beaux et expressifs.
Une très très belle découverte que ce diptyque exotique.
B. Flao réussit le mariage improbable du réalisme (des trognes qui rappellent Boucq) et de la spontanéité du carnet de voyage ou de la nouvelle BD. Il combine sans difficultés de lecture des intrigues parallèles avec une multitude de personnages. Une réussite.