L
ac Majeur, Italie, 1820. Revenant du bal de l’île Belle au bras de la douce Licidis, Lorenzo tombe en proie au sommeil. Sous l’influence, sans doute, de ses lectures anciennes, il se voit en rêve sous les traits de Lucius, héros de la Rome antique, dont l’ami Polémon est livré à de multiples tourments par la reine des sorcières de Thessalie.
Comme la plupart des titres de la collection Carrément BD, cette adaptation d’une nouvelle de Charles Nodier, auteur méconnu du début du XIXe siècle, est avant tout une œuvre graphique. Dans un style qui lui appartient et rappelle ses précédents travaux, Patrick Mallet offre des planches à la fois majestueuses et oppressantes. Sa représentation des démons, quittant les plans infernaux pour s’en prendre aux âmes égarées, est tout bonnement hallucinante, brillante de créativité et propre à susciter l’effroi. Accompagnant un texte d’un autre temps, aux accents littéraires très prononcés, le dessin participe donc à l’aspect mythique d’un récit qui semble avoir été conçu pour être déclamé d’une voix haletante et empreinte de mystère.
Entre rêve et réalité, Patrick Mallet se plaît à brouiller les pistes. Par un songe qui, bien vite, prend des airs de cauchemar, l’auteur entraîne son public dans un univers psychédélique où la raison n’a plus droit de cité. Rapidement, à l’image de personnages dépassés par les événements, le lecteur perd pied et se voit contraint d’abandonner toute volonté, de se laisser guider à travers un monde ténébreux et menaçant. La fin, abrupte comme un réveil ponctuant une nuit agitée par de mauvais rêves, laissera un goût amer, un sentiment mêlé d’incompréhension et de souvenir vague mais tenace.
En attendant le prochain tome de sa série Achab, Patrick Mallet revient sur le devant de la scène avec un album pour le moins déroutant, mais qui saura séduire ceux pour qui l’élégance d’un trait et l’envoûtement induit par une histoire romantique avant la lettre suffisent à pallier l’absence de lien direct avec le réel.
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