L
’instant d’avant, il était en plein duel avec un vaisseau ennemi. Puis, une explosion, plus rien et voilà, qu’à peine après avoir repris ses esprits, il se retrouve en pleine descente sur une planète non identifiée, toutes les commandes hors service, évidemment. Corso a beau être le meilleur pilote de la flotte, ça ne va pas être une partie de plaisir. Le crash encaissé, il réalise qu’il a eu de la chance. Espérant que sa balise de secours se déclenchera à un moment donné, il s'organise ; en attendant.
Auteur brésilien actif dans les comics aux USA, Danilo Beyruth publie également des œuvres plus personnelles comme Corso. Ce récit de science fiction anthropomorphique, plutôt destiné à un public jeune, suit un rescapé esseulé dans sa découverte d’un monde inconnu. Il s’agit d’un militaire et, passé le premier choc, son sens du devoir reprend vite le dessus. Se souvenant de ses classes, il sait comment réagir dans de telles conditions. Conséquemment, il adopte rapidement le mode survie. Au fil de son exploration solitaire, il repense à quelques épisodes de son passé. Cette astuce permet au scénariste de mieux cadrer son personnage (une tête brûlée avec un sale caractère) et de présenter au lecteur l’univers qu’il habite. Il y a les chiens, les chats et un conflit. Pas besoin d’en dire plus pour l’instant. Cependant, ces informations se révéleront nécessaires afin de bien appréhender la suite de l’histoire. En effet, Corso n’est pas seul sur ces terres et ce qu’il va vivre va, tour-à-tour, le choquer et le transformer à jamais. La progression psychologique du héros se montre finement décrite et étagée, sans être lourde ou trop insistante. De plus, celle-ci est ponctuée de scènes-choc et autres moments de bravoure qui maintiennent une pression et un suspens quasi-permanents.
Un monde nouveau avec sa faune, sa flore et son climat, une guerre entre chats et chiens, les amateurs de BD franco-belge penseront immédiatement à Léo et Marc Wasterlain. Ces rapprochements sont logiques, mais ils s’arrêtent là. Si Beyruth s’amuse effectivement à créer tout un écosystème et un semblant de géopolitique animale, son propos s’avère principalement axé sur son protagoniste principal. Pareil pour le côté visuel, dessinateur de l’école américaine, son trait est énergique et va à l’essentiel. Planches à la mise en page tendues, de nombreuses illustrations grand format remarquables, le résultat en met plein les yeux. Par contre, ne vous attendez pas à de la poésie ou à de la rêverie.
Thriller spatial à haute intensité, doublé d’une réelle réflexion sur les différences et l’acceptation de celles-ci, Corso est une excellente lecture jeunesse, parfaitement calibrée et nettement plus profonde qu’elle y paraît. Une jolie et originale découverte.
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