N
i en emploi, ni en études, ni en formation. NEET pour l’acronyme anglais. En général, il désigne une population jeune (de 15 à 24 ou 29 ans selon les nations) souvent confrontée à une situation précaire. Kentaro Komori n’est plus vraiment jeune et, licencié d’une boîte spécialisée dans la rénovation de bâtiments, il a calculé que son indemnité pourrait lui permettre de tenir jusqu’à la retraite. Sous réserve qu’il contrôle ses dépenses au plus juste. Le confinement imposé par les autorités apparaît comme une véritable aubaine. À l’abri du froid sous une tente et dans un duvet à l’intérieur même de son logement, il a mis au point quelques astuces pour accomplir son projet. Reclus, il n’est pas pour autant seul au monde…
Sans se prendre pour un sociologue, mais fin observateur des nombreux travers de ses congénères, Tetsuya Tsutsui sait construire des intrigues en pointant les comportements souvent surprenants, voire inquiétants, enfantés par les sociétés modernes. Avec Duds hunt, il plongeait un ancien voyou dans un jeu impliquant le net où tous les coups étaient permis. Dans Manhole, il mettait en scène un psychopathe au profil de voisin ordinaire qui, en utilisant les réseaux d’égouts, empoisonnait aussi bien crapules qu’innocents dans une ambiance assez gore. Le jeune pirate informatique de Reset concourait à résoudre des décès étranges. Le Paperboy de Prophecy s’attirait le soutien d’un public grandissant en filmant et diffusant des vidéos dans lesquelles il dénonçait des méfaits, des injustices, des crimes avant d’annoncer les châtiments que subiraient leurs auteurs. Sur fond d’Olympiades tokyoïtes à venir, Poison city dénonçait la censure (les œuvres précédentes du mangaka lui avait valu d’être étiqueté "nocif" par la préfecture de Nagasaki) et le puritanisme outrancier. Enfin, Noise confrontait un paisible village à un ancien criminel, occasion d’essayer de faire réfléchir au sujet de l’opposition justice personnelle / institutionnelle.
Avec NEETing life et après quelques années de silence, l’auteur revient en pleine forme pour creuser un peu plus certains sillons familiers (provocations du patron / des collègues, boulet de l'échec professionnel, attitudes qui virent aux stéréotypes des accros de la toile ou des gamers notamment). Il aborde aussi de nouveaux sujets tels que les conséquences du confinement, notamment sur les jeunes ou les « encouragements » à la réclusion volontaire induits par l’offre de services de certains géants commerciaux ou technologiques.
Que les amateurs de frissons soient rassurés (le gore, c’est définitivement fini ?), la notion de « territoire à défendre » et un potentiel risque d’intrusion remplit son rôle. Loin d'être austère le ton inspire même un franc sourire à la découverte de l’entraînement physique que s’impose alors le quadragénaire. Il faut dire que ses trouvailles invitent à emprunter un terrain peu fréquenté par Tsutsui jusqu’alors, celui de la comédie ; et même des prémices de la comédie romantique par le biais d’interactions avec l’occupante de l’appartement d’à côté.
Abordant plusieurs thèmes, exposant quelques conduites aussi bien observées qu’étonnantes, NEETing life permet de retrouver un mangaka qui sait passer du sérieux à la tension, en tâtant aussi d’un ton plus léger. De quoi sortir à coup sûr de son antre lorsque la fin de ce diptyque paraîtra.
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