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inlandaise avant tout, Katalin cultive également un amour pour l’Italie et sa capitale en particulier. Sur un coup de tête, elle décide de s’installer à Rome pour quelques temps. Ruines, mama vociférantes et bonne cuisine, le programme ne serait être complet sans un ou deux spécimens de beaux mecs ténébreux aux yeux de braise. On ne vit qu’une fois que diable ! Par contre, la drague et les avances soutenues de ces messieurs fatiguent vite. Comment leur faire comprendre que non, ça veut dire non ? À la longue, cette dolce vita pourrait même mal se terminer.
Travelogue, brûlot féministe, auto-fiction et témoignage brisé façon #metoo, Quo Vadis, Katalin ? est un ouvrage touchant, drôle et révélateur de l’époque. Désinvolte et délurée, l’alter-ego de Kati Kovàcs est une espèce d’électron libre pleine d’énergie et de curiosité. Elle fonce à travers la ville, tente d’apprivoiser les us et coutumes, fait des rencontres, avant, le soir venu, de retranscrire ses expériences sur le papier. Dans ses déambulations, elle devra faire face au machisme des rejetons de la Louve et apprendra à ses dépens que le consentement n’est pas une notion innée chez tout le monde. La villégiature d’agrément se transforme alors en conte cruel à la manière d’une fable antique.
À l’image de la personnalité pétillante de sa protagoniste principale, les illustrations et la mise en scène semblent uniquement guidées par la joie de vivre et la soif de découverte. Noir et blanc de rigueur, ton franc et direct, l’approche de l’autrice rassemble à peu près tous les codes des comics undergrounds américains. Ce chaos énergique, plus écrit et organisé qu’il n'y paraît, est contrebalancé par un propos très étayé (citations latines, multiples références culturelles variées, etc.). De plus, quand le trauma assomme la jeune héroïne, la narration mute en une sorte de cauchemar éveillé improbable. Entre rires et larmes, la lecture n’en devient que plus marquante.
Ode à la liberté et avertissement des éternels dangers encourus par les femmes (encore plus dans le cas d’un voyage en solo), Quo Vadis Katalin ? est un album cri du cœur joyeux, âpre et amer à la fois.
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