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ouze séquences de la vie quotidienne. Douze moments où l’on ne trouve rien à dire, où l’on doute de trouver les mots qui s’imposent. Peut-être douze instants où l’on aimerait être ailleurs.
Pierre Desproges donnait une définition touchante de l’amitié. Pour lui, on reconnaît les amis (par opposition aux copains et aux « gens qu’on connaît ») par la faculté qu’on a à se sentir bien en leur compagnie sans avoir un mot à prononcer. Dans La bouche sèche, Jean-Philippe Peyraud se penche sur d’autres moments plus ou moins silencieux. Plutôt des situations embarrassantes. Celles où l’on se sent démuni, en panne de mots, que ce soit pour réconforter, contredire, rassurer, tancer. Pour ne pas vexer, déranger, gaffer. Ou de crainte de ne pas être à la hauteur de ce que l’autre dit.
Contrastant avec les ébauches présentées en couverture et en conclusion de chapitres, le trait est épuré et les couleurs douces. L’apparente simplicité de la forme impose l’étude du fond. Pour favoriser la réflexion. Une fois le livre reposé, qui pourra se vanter de n’avoir jamais vécu un de ces instants ?
Des romans graphiques de ce genre, j'en ai lu des quantités ces derniers temps. C'est comme un phénomène de mode qui a été surexploité par les auteurs. On s'empare de petits bouts de la vie quotidienne d'individus normaux pour en faire un catalogue de récits courts. On pénètre ainsi dans des moments d'intimité comme pour mieux explorer l'âme humaine.
C'est vrai que le dessin est plutôt agréable et s'inscrit assez bien pour illustrer le genre. On aurait souhaité peut-être plus, de cet éclat qui fait que parfois une bd se situe au-dessus des autres. Ici, il y a bien une histoire ou deux qui sortent un peu du lot commun mais ce n'est pas assez sur douze séquences pour illuminer la joie et le bonheur d'un lecteur.
Pour autant, j'ai bien aimé le dernier récit empli de tendresse sur le temps qui passe. Les attitudes et les expressions sont souvent justes. Bref, cela sonne vrai comme la vie...