T
om marche sur une route poussiéreuse du sud des USA. Comme beaucoup d'autres, il a perdu son emploi, sa maison, et bien plus encore dans la crise économique de 1929.
Avec Toute la poussière du chemin Wander Antunes propose une œuvre ambitieuse à la construction narrative originale et peu usitée dans le monde de la BD franco-belge. L'intrigue en elle-même, cousue de fil blanc et reposant un peu trop sur des coïncidences pratiques mais guère réalistes, ne serait guère excitante, si le scénariste ne s'en servait pas comme véhicule pour une analyse sans pitié du genre humain. Il s’agit, avant tout, de montrer les hommes et la cruauté dont ils sont capables quand la société faillit dans son rôle de stabilisateur social. Toute la poussière du chemin est clairement un livre militant. Par l’accumulation de scènes extrêmes, parfois d’une violence à peine soutenable, l'auteur exprime très clairement son camp et son dégoût d’une certaine conception de l’humanité. Malgré le peu d’espoir qui pousse encore dans ces champs brûlés directement sortis des Raisins de la Colère, Tom trouve la force pour continuer sa route et, peut-être, retrouver une raison de vivre.
Depuis Ce que le vent apporte, son précédent album dans la collection Aire Libre, Jaime Martin a pris de l’assurance. Son trait s’est simplifié et s’approche, par moment, d'une ligne « presque » claire très élégante dont le rendu peut se comparer au travail d’Emmanuel Guibert dans le Photographe. La mise en page reste très classique, mais comme le dessinateur espagnol sait très bien jouer avec la profondeur de champ, les cases se lisent, pratiquement, en trois dimensions. La grande dépression est une des premières crises à avoir été largement documentées, autant par les journalistes que les artistes, aussi la reconstitution de Martin respire-t-elle l’authenticité. Le lecteur attentif y trouvera sans peine quelques « clichés » célèbres de l'époque. Ces clins d’œil, toujours discrets, ne gênent pas la lecture et donnent même à l’album un petit air de « document d’époque » tout à fait appréciable.
Toute la poussière du chemin se révèle être une œuvre profondément humaine et d’une très grande profondeur. Une très bon album, atypique et passionnant.
À lire également :
La chronique de Ce que le vent apporte par D. Wesel
Le blog de Jaime Martin (en espagnol)
J'avais déjà beaucoup aimé la précédente oeuvre de Jaime Martin à savoir Ce que le vent apporte. Après la Russie tsariste, il nous décrit l'Amérique durant la grande dépression ou l'anti-rêve américain. Il y a des scènes si dures qu'on a du mal à croire qu'elles ont pu effectivement se produire mais le genre humain étant ce qu'il est, tout est malheureusement permis.
J'apprécie également beaucoup le trait de ce dessinateur espagnol. Le regard de chaque personnage est assez évocateur. L'émotion n'a pas de mal à passer. Il n'y a pas non plus de fioritures inutiles. Les couleurs sont également bien choisies pur évoquer ce monde rempli d'injustice, de misère et d'immoralité.
Il est dommage que les oeuvres de cet artiste soient si rares sur le marché français. Cela viendra peut-être avec le temps. On ne restera pas indifférent face à ce road-movie traitant de la misère humaine. Il y a également l'espérance d'une vie meilleure. C'est ce que j'aime !
Un road movie sur l'Amérique des années 30, sur fond de crise sociale, monètaire, racisme. Le scénario et la narration est trés dure montrant une page assez difficile de l'histoire du 20éme siècle de du fameux Way of Life américain.
On n'en reste pas indifférent.
D'abord attirée par cette belle couverture (et la "signature" Aire Libre), le résumé paraissait intéressant et je n'ai vraiment pas été déçue:
C'est l'histoire d'un homme qui n'a plus rien, que la crise de 29 met sur la route de... la route de rien d'ailleurs!
Une route où il en rencontre d'autres qui y sont poussés par la même cause.
Une histoire de misères, de désespoirs, d'entraides aussi.
J'aime beaucoup le dessin sans fioritures, précis, les échanges de regards, les visages hâves et durs... Les couleurs blêmes ou sombres donnent une ambiance post apocalyptique...
C'est le héros le narrateur, ça donne une certaine complicité entre le lecteur et lui, et ce Tom est un homme attachant.